Serez-vous indignés ou heureux? Mais attention, car, dès qu’on l’accepte, inexorablement, le monde glisse dans le néant.

Faut-il demeurer dans la beauté des choses, ou prendre garde à leur douceur ? S’indigner, soit; mais comment récuser tout le confort du monde ? Ne suffit-il pas d’y croire pour être sûr de s’y voir heureux ? Ne puis-je au fond accepter que l’on me prive de ma vie, pour peu que l’on me donne, en fait ou en rêve, une part suffisante de la vie des autres ? Pourquoi faudrait-il refuser le monde ? Parce que, dès qu’on l’accepte, inexorablement, le monde glisse dans le néant. Car aussitôt ceux qui dominent peuvent à leur guise pressurer le temps de nos vies, et nous jeter ensuite, comme un emballage vide. Rêver son bonheur, s’est se contenter d’être le déchet de sa propre existence. Le monde est le bonheur du résidu. Pour peu qu’on lui prête la pensée, le relief du repas pourrait bien se réjouir d’avoir participé à un festin si réussi.

Le monde est un rien fondé sur le néant. Un néant qui le mine et m’attend. Car l’oubli le plus parfait réside dans la destruction pure et simple. Sous la promesse la plus plaisante, tout monde a un envers sinistre, qui consiste à livrer le réel au néant. L’exploitation et l’angoisse, la vacuité et l’évidement convergent en un même non-être. Trou noir du capital ? Autodestruction comme anéantissement ? Lorsque nos techniques deviendront capables de procurer ce qui plait, comme de supprimer ce qui déplait, quel sera le prix humain d’une rentabilité si parfaite? Osons regarder en face ce néant, qui tire les ficelles du monde : lui seul peut garantir que tout sera plaisant, car le reste sera détruit;  et tirons-en la conséquence indignée.

36 réflexions sur “Serez-vous indignés ou heureux? Mais attention, car, dès qu’on l’accepte, inexorablement, le monde glisse dans le néant.

  1. Je suis très touché par les interrogations de votre texte et très embarrassé par cette phrase « Rêver son bonheur, s’est se contenter d’être le déchet de sa propre existence.  »
    Merci, merci de partager ces réflexions.
    Xavier

    J'aime

  2. Merci infiniment, pour cette très belle réflexion sur le néant.
    Je reprends ta question: « Pourquoi faudrait-il refuser le monde ? » et je me permets une petite modification (et pas du tout une correction), qui pour moi, devient ma réponse au néant: « Pourquoi faudrait-il SE refuser AU monde ? » En effet, l’expression « refuser le monde » sous entend le désir sous-jacent en l’homme de possession (AVOIR le monde), alors que « se refuser au monde » me fait davantage penser à un humain se positionnant face au monde et à ce qu’il est, même si il est aussi néant… (être soi même face au monde).
    Ton texte est donc merveilleux, car il éclaire un peu plus encore, la nature intérieure de l’humain! Et dieu sait, que la lumière est faible parfois ici au fond de soi…
    Très cordialement,
    F. Serrano

    J'aime

  3. Ce texte si profond me laisse perplexe.L’idée est excellente et elle me rappelle 2 films entre autre: Terminator et Matrix(les 3 volets).Le bonheur est un concept propre à chacun,mais il ne repose que sur nos pensées et ,au fond ne repose pas vraiment sur des réalités palpables.Le bonheur reste avant tout une émotion enivrante à laquelle on s’accroche car ,étant une émotion positive,elle nous pousse à nous surpasser,tout en nous rendant excessivement vulnérables!

    J'aime

  4. Je préfère l’indignation et la révolte même si ces attitudes m’amènent parfois leur part de malheurs. Le néant n’est pas nécessairement destructeur lorsqu’on est en mesure de regarder sa réalité en toute lucidité. Si notre existence peut sembler n’être qu’une longue quête en solitaire, n’oublions pas que nous partageons cette réalité avec d’autres êtres, qui nous ressemblent : « Dans l’épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le cogito dans l’ordre de la pensée: elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l’individu de sa solitude. Elle est un lien commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes. »

    J'aime

  5. Pas très philosophe dans l’âme finalement je suis sans doute un fait-néant! J’ai du mal avec les maux et les mots, je comprends le texte mais aussi il me semble un peu abstrait, je trouve plus de « vrai » dans la Poésie, simple avis personnel et pas du tout un jugement je ne me permettrai pas.
    Tout ce qui existe est un assemblage Lego temporaire de particules finalement en nombre très restreint et enveloppées d’un vide incommensurable… Le RIEN est un drôle d’Etre ou de non-Etre
    l’une ou l’autre définition lui vont… Même la mécanique quantique lui trouve des énergies insoupçonnées… ce monde n’est qu’une de ses manifestations et il retournera d’où il vient et avec lui toutes nos interrogations et … c’est HEUREUX!! (((-:

    J'aime

    1. Bonsoir mon regard est plus optimiste sachez qu’avec des riens il est possible de créer ,d’innover,de découvrir les autres et de mieux se connaitre qui serions nous sans le regard des autres?J’aime l’échange de quelques petits riens pour en faire quelque chose.Je refuse le néant cela me ferait refuser la vie:)

      J'aime

      1. j’ai fait un livre sur le rien. J’expliquais que le néant, la destruction, n’est qu’une de ses formes. Les autres étaient le monde, que j’identifiais à l’imaginaire, le réel et l’être, défini comme ce qui doit être, et donc le bien ,face au mal qu’était le néant. Je suis donc bien d’accord avec ce que vous dites: le glissement dans le néant se produit lorsqu’on accepte le monde. Libre à nous de le récuser, au profit de l’alliance de l’être et du réel, que je définis comme existence. Nous pouvons donc nous entendre, non?

        J'aime

  6. Votre texte soulève bien des questions, voici mes réponses (parfois indignées lol!)Je ne pense pas que l’être humain soit fait pour demeurer. La beauté ne m’indignera pas, je n’ai pas à m’en méfier et à la récuser : elle n’est pas un confort mais une nécessité, une évidence que je ne confonds pas avec les produits des supermarchés. Il est peu probable que la vie des autres me soit une part suffisante. Rêver est ce qui me permet de concevoir le monde et d’en tracer les contours. Je n’entrevois le bonheur que dans l’instant. Si c’est la miette d’un tout, je m’en fous. Même une goutte de ce puissant nectar me satisfait entièrement. Le rêve de l’homme est à mon sens la roue motrice du monde. Sans rêveurs, le monde serait vite dépecé par les charognards du cahot et du néant. N’avons-nous pas le besoin de nous dépasser et d’aller au delà de la réalité qui nous est offerte ? La rentabilité, même imparfaite a toujours eu un coût humain considérable. Surtout lorsqu’elle engendre l’esclavage et accentue les pauvretés.
    Merci à vous, d’évoquer si ouvertement tant de sujets importants.

    J'aime

  7. ben dites donc!c’est pas un peu tristoune tout ça? moi, j’y crois à la beauté du monde, quand je vois les miracles de la nature par exemple. la photosynthèse, la merveilleuse machine du corps humain, les merveilleux paysages.on est pas obligé de découvrir le beau en consommant, la nature seule me rend heureuse et tant pis pour le néant.

    J'aime

  8. Rêver de son bonheur n’est pas tout, encore faut-il le rêver en vrai, c’est-à-dire le réaliser afin de ne pas sombrer dans le néant

    Effectivement, un texte qui donne encore à réfléchir, mes félicitations grand chef !

    J'aime

  9. Le dilemme du nihiliste malgré lui? Tandis que bon nombre de nihilistes dans leur version dandy ont cru bon d’esthétiser l’infraquotidien pour palier au vide sidéral de l’être-au-monde; que d’autant de romantiques transis ont conjugué leur vie au mythe nécessaire de l’amour – Éros, passéisme suave ou antiquité rêvée; que d’autres encore, terroristes et kamikazes, indignés du vécu, en mécontemporains, envisagent de poétiser par la force, voire leur trépas, leur existence et celle des autres, l’indigné résigné est un nihiliste désengagé, parfois grégaire, terrassé par l’absurdité de l’être, le constat du vide est le même, néanmoins, la volonté d’y palier par un artifice solipsiste quel qu’il soit lui manque.

    J'aime

    1. Joli tour de notre désarroi. Mais pourquoi l’indigné serait-il résigné? L’absurde me semble constituer le fond du sens, sa condition, et comme l’urgence de son acuité. Ne peut-on agir sans espoir, sans autre espoir du moins que le sens même de l’action?

      J'aime

  10. Bonjour Jean Paul

    Je crois que c’est à chacun de voir le monde et son bonheur comme il l’entend . chaque être est différent donc vit un monde différent des autres . Beau texte de réflexion qui à le mérite de troubler tout le monde dans leurs certitudes de la vie

    Bon dimanche

    J'aime

  11. Beau texte bien qu’abstrait… à méditer pendant les vacances, La vacuité n’a pas le même sens selon la philosophie bouddhiste, et le néant n’en a aucun qui est une conception occidentale. Merci pour la réflexion.

    J'aime

  12. Souvent je m’ai demandé quel peut etre le couleur de la résignation. Elle n’a pas aucun couleur, elle est un vide. La résignation, l’acceptation d’ une situation de vie e du monde créet un vide.

    J'aime

  13. Bonsoir
    J’étais venue il y a quelques mois..
    J’ai lu ton écrit, et je restes là, à Rien faire heu presque Rien, puisque je médites sur tes mots.
    Intéressant, à relire, en ce qui me concerne, je capte pas tout, facilement.🙂
    Je relis, et pis c’est Tout.
    Bonne continuation.

    J'aime

  14. Merci pour les questions, mème si mon point de vue est diamétralement opposé
    ce n’est pas le néant qui gouverne le monde : le monde n’est pas gouverné.
    S’indigner c’est déjà croire à une vie, une vie sociale qui plus est. L’indignation est une activité de vieillard plutot à l’aise.
    Dans une société où la grande majorité des enfants révent de devenir fonctionnaires, et où on manifeste à 25 ans pour ses droits à la retraite, il n’y a que des vieillards.

    Regardez les choses en face : le monde n’est pas gouverné. Mais chacun y exerce le pouvoir, un certain pouvoir, une certaine direction ; chacun y prend une certaine direction, une certaine liberté.
    Che Guevarra en tant qu’homme politique cubain a créé les camps de rétention qui servent encore au régime cubain contre ses adversaires. On ne veut en retenir que l’image romantique.
    Du moins a -t-il choisi de s’occuper des autres – d’imprimer une direction à la vie des autres. Entre autres en créant des camp de rétention pour motifs politiques.

    Il y a des époques où s’indigner suffit, parce que la vie sociale est suffisament claire et les valeurs suffisament partagées pour que l’indignation d’un individu signifie quelque chose pour les autres.
    Il y a d’autres époques où il faut choisir de mourir ou de tuer ; celles où les valeurs ne sont pas partagées.

    S’indigner ? Devant qui ?
    Etre heureux ? Avec qui ?

    J'aime

    1. Je ne suis pas si opposé à ce que vous dites. Loin d’être un gouvernement, le néant était plutôt dans mon esprit une direction, une pente difficilement résistible à l’autodestruction. Ce que vous dites du Che l’illustre à merveille.

      J'aime

      1. « Rêver son bonheur, s’est se contenter d’être le déchet de sa propre existence. »

        cette réflexion m’atteint parce que rêver m’aide souvent à supporter les raisons de m’indigner que ce soit sur notre monde qui ne rêve plus que d’argent ou d’oublie les souvenirs de peines anciennes ou présentes quelquefois . Il est vrai que mes rêves ne sont pas peuplés d’objets matériels mais de personnes ou de souvenirs
        déchets précieux ? ;-)))

        je suis intervenue sur votre blog parce que je me demande si c’est vous qui avez visité le mien tout récemment en signant galbert et non Galibert .. Merci

        J'aime

  15. Comme le dit zazie..
    Je suis le roi de l’illusion….
    Moi je pense que nous nous auto détruisons, par besoin…,
    Au lieu d’accepter les choses que l’on ne concoit pas toujours en fonction de nos propres pensées…

    J'aime

  16. Merci cela me réconforte…
    je ne suis pas philosophe, je me trompe souvent de direction dans le choix de mes mots, j’aimerais tant vous impressionné je l’avoue…

    J'aime

  17. Une belle entrée en matière sur la philosophie de la vie, le rien, le néant, le bonheur… des notions si abstraites pour moi. « Rêver son bonheur, s’est se contenter d’être le déchet de sa propre existence »… moi je crois que le rêve peut faire avancer: reste à savoir si c’est dans l’illusion, la destruction ou le bonheur …

    J'aime

votre réponse:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s