La logique du pire

Seul le fascisme est haïssable, car il décrète l’interdiction de la contradiction. Il impose une pensée uniforme à un monde uniforme, vouant une même haine à la différence, au débat, et à toute latence. Comme il ne conçoit que le pouvoir comme relation entre deux choses, il croit que tout se produit dans l’instant mécanique d’une obéissance absolue à un commandement. Son principe est un commandement. Il règne comme un tyran. Il s’empare des choses pour les faire dépendre d’une multitude de petits chefs, comme si l’entrechoc des boules de billards se résumait à une série d’ordres sitôt donnés sitôt exécutés. Si l’on veut cesser de militariser le monde, cesser de confondre raison et hiérarchie, il faut comprendre que la vraie cause est la contradiction.

Rien n’est donc pire, pour la pensée que l’interdiction de la contradiction. Ce prétendu principe, dès qu’on l’admet, est aussi illégitime que fatal. Comment croire un instant que le réel puisse être tenu d’obéir à une loi de la raison ? Dirons nous que les contraires doivent cesser d’exister parce qu’ils contreviennent à la forme de notre esprit ? Comment ne pas sentir ici la négation nauséabonde de tout ce qui dépasse ? Je puis toujours dire à celui dont le nom ne figure pas sur la liste qu’il n’existe pas. Et s’il proteste, je puis encore le tuer pour avoir enfin raison.

10 réflexions sur “La logique du pire

  1. Machiavélisme existentiel qui existe encore sous des formes plus ou mons déguisées mais bien là !
    La pathologie du déni.
    Très psychotique comme façon de faire…

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      1. Il existe bel et bien une psychologie de la destruction qui est bien souvent inconsciente mais qui se traite plus ou moins bien en psychothérapie soit individuelle, soit familiale.
        Possible que ce soit inévitable, faisant partie intégrante de la diversité humaine. Mais cela n’a pas que des effets négatifs, bien au contraire.

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  2. Que dirais-t-on du monde actuel, où on a tendance à uniformiser tout, principalement la culture, l’art, l’économie, le politique? Peut on penser, qu’il y’ait veritablement une liberté de la presse, quand on constate que la plupart des moyens de diffusion sont entre les mains des groupes financiers au service de lobbies politiques, économiques, quand des laboratoires pharmaceutiques imposent une politique sur le commerce du médicament sans véritablement que le corps médical ait un moyen suffisant d’opposition? N’est-on pas véritablement là, dans une espèce d’interdiction de contradiction sournoise, ce qui, il faut en convenir, est pire?

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  3. Vous dites que le fascisme « impose une pensée uniforme à un monde uniforme ». C’est, à mon sens, exactement la doctrine qui anime les grands groupes financiers qui, aujourd’hui, domine toutes les activités économiques de notre société. Ils correspondent parfaitement à votre description : obéissance absolue, multitude de petits chefs et même la militarisation. Ils ont leurs états-majors (= conseils d’administration), leurs généraux (= PDG), leurs officiers supérieurs ( = DRH…), leurs armées (= les employés). Ils utilisent des outils tel le management pour véhiculer ce totalitarisme. A vous lire, je réalise que ces groupes financiers sont en définitive fascistes. Effrayant…

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    1. Ravi de me voir si bien compris.
      Le principal péril ouvert par les évolutions en cours du capitalisme me semble résider dans une logique d’anéantissement. Nul n’est sûr d’être assez rentable. Je crains que les récents suicides, à cet égard, ne soient qu’obéissance. D’autant que la destruction est devenue plus rentable que la production. C’est à l’ontologie, aujourd’hui, de critiquer l’exploitation.

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    1. je cherche une définition du mal, qui pense le jeu de ses natures ontologique, politique, mais toujours objectives, et donc universelles. je tente de le définir comme néant, anéantissement. Mon propos est àsaisir dans ce contexte. Le fascisme signifie ici ce qui dans le pouvoir tend ves l’anéantissement, et non pas strictement telle ou telle forme italienne, ce qui excuserait toute autre forme de mal politique. C’est toujours le néant qu’on reproche.

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