Devenons un peuple de pensées

S’il n’y avait qu’une seule chose gravée dans mon esprit, je serais une pierre tombale. Ce n’est donc même pas pour parvenir à l’existence qu’il faut penser, mais simplement pour rester vivant. Demeurer capable de bifurcations simultanées, comme le chou fleur, parce que c’est tout ce qui nous distingue du caillou. 

Pour penser plus loin, il ne faut pas élaguer, mais pousser en tout sens. Faisons confiance au monde pour interdire la plupart de nos idées. Cessons d’instaurer l’unicité de la pensée comme une loi absolue de la logique et de l’existence pour la pensée. Cessons de supposer que penser une chose interdise d’en penser aussi une autre. Cessons d’instituer le funeste principe de non contradiction comme une sorte d’autocensure. Cessons donc de nous empêcher de penser le contraire de ce que nous pensons.

Cessons de considérer notre pensée comme unique, fatale, vraie, certaine, ou je ne sais quelle autre forme d’exclusion. Mais avec une très grande sérénité, presque avec joie. La pensée est un sourire, pas une autoroute. La pensée qui veut sourire doit renoncer à se présenter comme une sorte de voie unique, de moment de convergence, comme la production d’un énoncé définitif vers lequel tout le monde devrait faire chemin, se rallier, se rassembler, etc.

Penser, aujourd’hui, c’est l’inverse. Ce n’est plus du tout converger, c’est au contraire bifurquer dans des séries d’altérités. C’est le contraire de l’autoroute : c’est le carrefour où l’on prend toutes les voies. La dignité de la pensée ne réside pas dans l’universalité, mais dans la diversité excessive, la multiplication, la prolifération. La pensée avance en bifurquant, en générant, en bourgeonnant dans la joie du peut-être.

Extrait de Jean paul Galibert, l’idée de ludique, livre numérique, Publie.net

12 réflexions sur “Devenons un peuple de pensées

    1. L’anastomose, peut-être. C’est pour les algues une jonction, l’inverse d’une bifurcation. Si extérieurement, rien ne ressemble plus à un chou-fleur qu’un cerveau, intérieurement, tout change avec le nombre des connexions entre neuronnes. Parmi les animaux définis par la bifurcation, le propre de l’homme serait de se relier infiniment à lui-même.

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  1. Ce qui me semble tout à fait particulier au chou-fleur, quand même, c’est son illustration assez parfaite du principe mathématique de Mandelbrot, à savoir les fractales (dit simplement : le plus petit morceau du chou-fleur ressemble au chou-fleur complet, il en est l’exacte sous-structure). Peut-être que dans ce processus de pensée autogène, faudrait-il introduire une singularité, un accident. Les accidents sont féconds en terme de nouvelles idées, ils « ouvrent » sur les possibles.

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  2. Il me semble que vous êtes assez deleuzien, ou je me trompe : chaque penseur est unique, chaque pensée de ce penseur est unique et, tel un rhizome, cette prolifération produit une réalité (un peuple de pensées) qui la transcende, un plus de jouir.
    Merci de votre trace chez moi, je vous « aliène » à mon blog.

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  3. J’adore cette évidence qui est de s’autoriser à penser exactement le contraire de ce que l’on pense. C’est un « accident » de pensée qui ouvre à tous les possibles. L’exploration et la mise à l’épreuve de nos croyances nous permettrait de penser plus juste, et qui sait, d’innover au point de résoudre des équations insolubles de notre actualité. Il faut encourager la pensée, la libre expression, la réflexion, ça finira bien par laisser jaillir la lumière.

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