Aux sources de la ludique : Diderot et le paradoxe de l’algue

L’algue est le jeu de forme par laquelle le rien est capable de tout, précisément parce qu’il est rien.

La découverte date de Diderot et de son paradoxe du comédien :

« Le second : A vous entendre, le grand comédien est tout et n’est rien.

Le premier : Et peut-être est-ce parce qu’il n’est rien qu’il est tout par excellence, sa forme particulière ne contrariant jamais les formes étrangères qu’il doit prendre »

Le rien est tout parce qu’il est rien, car il n’a aucune de ces formes intérieures définitives qui pourraient limiter ses métamorphoses. Diderot est donc le premier à proposer un passage de l’essence au jeu. Mais au-delà, il expose la puissance du rien, qui est le jeu même de l’algue. Au départ, un indéfini, un illimité, une absence radicale d’essence. C’est au fond l’inessentiel qui est capable de tout, et même de toutes les essences. L’idée de jeu est supérieure à l’idée d’essence, parce quelle est un branlement, un glissement des essences qui les contient une à une sans s’arrêter à aucune.

C’est donc Diderot qui ouvre la voie de la ludique, qui est exactement l’inverse de la voie métaphysique. La métaphysique est ce qui part des choses pour nous mener au rien, alors que la ludique est ce qui part du rien pour nous rendre chaque chose. Alors que la métaphysique démontre que tout est rien, la ludique en tire la conséquence inverse : si tout est rien, il faut que le rien soit tout, et c’est cela le jeu.

Extrait de Jean paul Galibert, l’idée de ludique, livre numérique, Publie.net

13 réflexions sur “Aux sources de la ludique : Diderot et le paradoxe de l’algue

    1. Je me souvenais de ce passage sur le rien; mais nullement, par contre de ce superbe moment sur la situation. Cettre notion, si cruciale de Sartre à Debord, ne pouvait échapper à Devos. Il est plus que plaisant, troublant, que l’on puisse parler de la situation en général. A méditer d’urgence…

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  1. Ils sont étranges ces moments où l’on a envie de tout, sans pour autant avoir besoin de rien. Ce sont des moments visqueux, sans dimension. Ou alors infinis. Une algue en plein océan a-t-elle une dimension ? Il faut pour répondre, comme vous le conseillez plus haut, penser en bouquet et non pas en faisceau. La pensée complexe de Morin rejoint un peu la vôtre. Construire moins de murs mais plus de passerelles (conseillait déjà Newton…).

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  2. Wouhaw heu je sais pas si je met un mot ou si j’écris rien du tout.😉

    Faudra que je revienne… …

    Merci pour le rien que tu as exprimé par ta Pensée sur ‘Je voudrai « .🙂

    marie

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