La douceur du « peut-être »

Il vaut toujours mieux affirmer doucement « peut-être » que durement « c’est ainsi ». Car « peut-être » ne tue personne, même lorsqu’il est parfaitement hypocrite, et signifie un non poli. Tandis qu’il y a dans le « C’est ainsi » toute la violence contenue de la suite implicite « …et pas autrement ». Mais, au fond, qu’arriverait-il s’il en était autrement ? Que ferait le « C’est ainsi » si, en, fait, cela n’était pas ainsi ? On voit donc que le « C’est ainsi » se révèle commandement et menace. Et que l’ordre qu’il prétend  discerner n’est jamais assez différend de celui qu’il impose. Au fond de la prétention d’exclusivité de la vérité, il y a bien quelque chose comme un pouvoir qui commande. Mais ne peut-on affirmer sans nier, affirmer une chose sans supprimer le reste ? Ne peut-on affirmer doucement ?

Il existe des affirmations douces, qui montrent les choses par leur fond, et des affirmations dures, qui figent la chose en supprimant le fond. Les premières sont tout en douceur, comme un velouté de niveaux de gris dans une profondeur de champ. Elles mêlent et démêlent à loisir le fond, les choses, et le fond des choses. Elles sont subtiles et délicates. Les secondes sont des brutes, aussi violentes et vides qu’un contre jour surexposé. Elles confondent pureté et dureté. Elles croient, comme tous les racismes, séparer pour sauver, alors qu’elles exterminent. Ce ne sont pas des affirmations : ce sont des négations.

Extrait de Jean paul Galibert, l’idée de ludique, livre numérique, Publie.net

11 réflexions sur “La douceur du « peut-être »

  1. Parfois, moi, je préfère choisir et me tromper plutôt qu’à rester indécis. Mais c’est plus souvent pour les petites choses de la vie que pour les concepts métaphysiciens (qui pourtant m’intéressent).

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    1. Il ne s’agit pas de rester indécis, mais de choisir les deux, de choisir tout. C’est la stratégie de l’algue, qui bifurque sans cesse dans toutes les directions à la fois, par opposition à la fourmi, qui prend chaque fois une seule des branches de l’arbre.

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  2. Je suis très touchée par ce texte. Le non choix, ne pas réagir automatiquement à la pulsion de mouvement. Cette pulsion violente est de la vie mais je suis présentement dans l’excercice de choisir un autre chemin, et honnêtement, je trouve la démarche atroce. Mais en même temps, il a plus d’espace en moi, il y a plus de palettes de gris. Je ne suis peut-être pas claire dans mes affirmations? Mais vous dire simplement que votre texte résonne en moi et me fait du bien. C’est la caverne aux multiples trésors ici. Je reviendrai. Merci.

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  3. Quelle belle plume… merci pour ce flot de mots, j’aime.
    Quant au thème du « choisir », il éveille tant de choses en moi.
    Préférer le « peut-être », se donner la liberté de ne renoncer à rien, de s’autoriser toutes les possibilités, n’est-il pas un choix en lui même ?
    Le non-choix n’est-il pas un choix en lui même ?
    Pour finir, la simple idée de se laisser porter comme l’algue qui bifurque au grès des mouvements d’eau m’angoisse. Peut-on, doit-on laisse les aléas de la vie nous porter ainsi ?
    Ceci dit, j’aime l’idée de l’affirmation douce qui montre les choses par le fond, et aurait tendance à condamner le ‘c’est ainsi’, qui -vous avez raison- sous entend le ‘et pas autrement’. On ne peut pas être si définitifs.

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  4. Bonjour ! Merci pour les passages par chez moi. Je vous ai mis en lien !
    Je fais un petit tour, découvre vos écrits… Votre pensée me plaît bien, j’y retrouve pas mal de choses que j’essaie de dire en vers.
    J’apprécie énormément de lire de la philosophie écrite avec poésie et humour, mais aussi sérieux et clarté.

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  5. Si, comme on l’imagine, l’être et le non être se retrouvent tous deux inclus dans le peut-être, et si on se donne pour but une pensée du peut-être, les outils existant de la pensée s’avèrent inopérants. On a en tout cas du mal à voir comment le « bon sens » ou la « raison » pourraient nous servir dans cette entreprise. On voit la stratégie à suivre, ses avantages, son évidence ; mais quelle forme donner, précisément, aux nouveaux outils qu’il reste à inventer ?

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