Espace-temps : le temps qu’il fait

Par lui-même le mot temps invite à unir ou à fondre le temps qui passe et le temps qu’il fait. La vraie durée serait météorologique. Aristote ne nommait-il pas « météores » les phénomènes atmosphériques? Les philosophes grecs ont longtemps débattu de la pluie ou du vent, mais il s’agissait d’expliquer plus que de comprendre, de trouver les causes dans le réel plutôt que le sens dans le vécu.

Or la cause  est l’ennemi du sens. La cause résorbe l’absurdité, qui est la chair même du sens. Car aucun sens ne vaut sur un autre fond que l’absurde, et souvent grâce à lui: le sens, c’est plus ou moins toujours d’en trouver un où il n’y en a aucun. C’est toujours au plus près de l’absurde que le sens brille, comme l’éclat dans l’ombre.

Et si le temps qu’il fait était une des expériences le plus hautes? Et s’il s’agissait du tempo, de l’humeur et de la scansion même de nos événements ? Et si le ciel était moins oublié qu’il ne semble? Et si l’on avait toujours raison de parler de la pluie et du beau temps? Et si la politesse était toujours le plus profond? Et si ces voisins qui se croisent parlaient d’emblée de l’extérieur le plus intime, de ce qui pèse le plus sur nous? Le temps qu’il fait est le plus profond, comme la peau de l’homme.

Puis-je être d’une autre humeur que celle que je prête au temps qu’il fait ? Et si l’âme était un paysage? Le psychologique est-il visuel, tout entier devant nous? Suis-je hors de moi, toujours devant moi, en face de moi? L’humeur est elle la contagion qui me tisse au monde ? Qui est maussade : est-ce le temps ou moi ? Qui est heureux ? Je suis partout autour de moi. Je suis poreux. Il pleut sous mon crâne. Je ressens les émois du ciel. Je souffre de ces noirceurs, et le soleil me délivre. L’humeur, qui m’est commune avec le monde, dissipe un peu ma limite. Ma finitude est moins close. Je transpire, je perçois, je vibre avec le monde. Des événements, des troubles me traversent. Je perçois à l’unisson le sec et l’humide, le chaud et le froid. Comme si le bord s’estompait, et que l’infini se rétablisse.

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