Nous sommes des anomalies, devenons des trajectoires

Au fond, il y a fort peu de chose, tellement peu qu’on finit par se demander s’il y a quelque chose ou rien. Car qu’est-ce au fond qu’une particule élémentaire ? La possibilité d’un passage. On ne peut pas être moins, mais cela suffit pour qu’il n’y ait pas le néant. Si peu qu’il y ait, cela suffit. Qu’importe au fond, qu’il y ait quelque chose ou rien ? Tout ce qui compte, c’est qu’il n’y a pas tout à fait le néant, et qu’il n’y a jamais tout à fait le néant.

Le néant est impossible. Parce qu’il est négation indéfiniment réitérée, et qu’aucune opération ne peut se répéter infiniment sans erreur. Peut-il n’y avoir que des zéros ? Ou bien est-il fatal que se produise l’impossible, comme une erreur du vide ? Mais quelle chance aurait une telle anomalie de survivre sans s’enfuir aussitôt ? Et par où s’enfuir, sinon par la porte du temps ?  Car si l’espace est vide, le temps, lui, est ludique. A rebours de tout ce qui scinde ou sépare, contre tout ce qui force l’un à se faire espace, en un mot face à tout ce qui décompose, il y a le jeu. Car tout ce qui joue déjoue une frontière. Le jeu est une fuite, mais il est vivant. C’est la fugue, le tracé. En un mot la trajectoire. Suivons pour exister la trace de l’électron : il est minuscule au point d’être invisible, mais il existe. Nous sommes des anomalies, devenons des trajectoires.

Extrait de: Jean-Paul Galibert, l’idée de ludique, livre en ligne et en vente sur Publie.net

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