Nous sommes des phrases

 
 

Tout roman, tout un roman est fait seulement de phrases. C’est fatal. Or rien, justement n’est aussi fatal qu’une phrase, sauf la vie, peut-être. Aucune phrase ne survit à son point, final, fatal. La phrase du romancier est imprévisible : son début ne permet pas de calculer la suite, ni de prévoir la fin. Prenez cette phrase de La lettre déchirée d’Ella Balaert :  » Stéphane voudrait tant pouvoir dire ce que c’est, de ne pas savoir lire.  » tout le roman est là, toute une vie aussi, c’est peut être la même chose, et la même fatalité. Coupez cette phrase où vous voulez, jamais vous ne devinerez le dernier mot. Il tombe comme un couperet. Et pourtant quelle logique. Rétroactivement, on peut sans doute reconstruire les mouvement des sons, les mouvements des sens comme menant à ce mot lire. Mais sans lui, comment savoir ce que Stéphane ne sait pas faire ? La phrase de la romancière s’achève d’un mot, comme la vie d’une mort. Comme si ce mot parfaitement imprévu, mais fatalement logique nous attirait de son poids dans la mort. Toute une vie dans chaque phrase. Combien de mots, combien de morts dans une vie, dans un roman ? Dans la parole où tout mot est un monde, chaque phrase est un roman. Mais le roman lui-même est une grande phrase: ma vie en train de s’écrire. En ce sens, nous sommes des phrases.

Jean paul Galibert

 La citation est extraite d’Ella Balaert, La lettre déchirée, Castor poche, p.53.

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