Tout est vrai dans le monde
28 novembre 2010
Tout est vrai, donc, quoique je dise de mon monde, pour peu que je n’étende pas ces propos à l’ensemble du réel.
Tout est vrai dans le monde, en ce sens que n’importe quelle phrase est vraie au moins dans le monde où elle est vraie, tout comme Alice vit vraiment au pays des merveilles. Tout est faux, en ce sens qu’on ne saurait réduire le réel à quelque monde que ce soit. Tout est vrai dans le monde, tout est faux dans le réel. Quant à la vérité elle-même, elle est dans l’être.
Dès lors, mon monde, si vaste soit-il, n’est jamais qu’un sous-ensemble plus ou moins étendu du réel, circonscrit par mes mots. Il suit qu’il est toujours réel, sans jamais être le réel, puisqu’il se borne d’emblée à ce que j’accepte de considérer. Libre à moi de définir mon monde comme je l’entends. Libre à moi de ne retenir du réel que ce qui me plait ou me ressemble. Il n’y a pas là d’affirmation, mais une simple décision : celle d’oublier tout le reste du réel.
(Extraits de : Jean-Paul Galibert, Invitations philosophiques à la pensée du rien, Léo Scheer, 2004).