Etes-vous?

17 mai 2012

Notre temps a choisi la voie du rien. Le fait qu’il est inacceptable ne le perturbe en rien. Le fait que pour des millions d’hommes, l’existence elle même y est impossible n’y change décidément rien. Le fait qu’une chose n’existe pas n’empêche en rien  certains de la vendre et les autres de s’en contenter. Rien, c’est ce que la plupart ont pour vivre, et ceux  qui ont beaucoup plus n’ont guère davantage. Car n’avoir rien n’empêche nullement d’être fort bien exploité. C’est même la condition pour que s’accumule un capital dont ceux qui l’accaparent craignent eux-mêmes qu’il finisse par se réduire à ce qu’il est au fond : très exactement rien. L’humanité toute entière s’épuise pour gonfler une bulle spéculative.

Nous voulons faire une philosophie de ce temps. Nous voulons prendre le parti de l’être face au temps du rien. L’être n’est plus qu’une exigence, mais ce sera la notre. Elle n’est pas négociable. Car c’est l’exigence d’être qui seule nous permet de maintenir que l’existence, fut-elle impossible, est un droit inaliénable. C’est l’exigence d’être qui peut seule proclamer que s’il n’y a rien, c’est un scandale. C’est l’exigence d’être qui peut seule transformer cette pensée de l’être, dont nous héritons, en cette critique du rien, dont nous avons besoin.

La Compagnie L’âme d’un sot est heureuse de vous inviter à son spectacle : Baal, de Bertolt Brecht.
Quand Brecht écrit Baal pour la première fois, il a vingt ans : son Baal est un héros romantique, présenté comme l’archétype du poète maudit en révolte contre la société, dont le destin tragique est inspiré des grandes figures lyriques telles que Villon, Verlaine ou Rimbaud.
Quand il reprend cette pièce pour la cinquième et dernière fois, il est à l’aube de la mort et réinvente un Baal décadent, homme aux mille excès, qui dévore les femmes comme il s’empiffre de nourriture, s’abrutissant de poésie et d’alcool.
D’une époque à l’autre, la pièce retrace l’évolution de deux poètes, celle de Baal, envers qui notre admiration se mue peu à peu en dégoût, et celle de Brecht lui-même, qui au terme de sa carrière met le coup de grâce au romantisme qui avait exalté ses débuts.

TROIS REPRESENTATIONS : le mercredi 23 mai à 20h & les jeudi 24 et vendredi 25 mai à 20h30
Théâtre de l’ENS, 45 rue d’Ulm    Durée approximative : 1h45   Participation aux frais : 3€
Merci de confirmer votre venue par mail, à l’adresse chloe.galibertlaine@gmail.com, en indiquant la date de la représentation et le nombre de places que vous souhaitez réserver !

Avec: Charlotte Dafol, Camille Dagen, Justine Sisman, Célia Le Blainvaux, Juliette Gazet, Joséphine Hurtut, Mélodie Cholmé, Marie Villiers-Moriamé et  Yannick Barne, Jérémy Fantin, Clément Van-Hamme, Théis Bazin, Valère Vanier, Pierre Maffre, Olivier Hercend
Mise en scène:      Chloé Galibert-Laîné
Musique:                Clément Di Mascio
Scénographie:        Sarah Schneider

Une équipe de jeunes cinéastes vient de fomenter Vélodrome

Un court métrage de 9mn, avec une histoire simple mais diablement paradoxale,

sur les mystères de l’enfance, les temps étranges de l’amnésie et de l’éternité

En voici 36 sens possibles. Vous pouvez choisir, ou en trouver d’autres…

http://www.dailymotion.com/video/xpiu7l_velodrome_shortfilms

  1. Tout est vain.
  2. Vive Sisyphe !
  3. Tel père tel fils.
  4. Le destin balbutie.
  5. Vélodrome d’hiver.
  6. Le temps est une roue.
  7. L’éternel est un retour.
  8. Toute image est carnage.
  9. Il n’y a pas de belle ville.
  10. Ecrire condamne à revivre.
  11. Tout pouvoir est mortifère.
  12. La vie dure un quart d’heure.
  13. Chaque maison est sans issue.
  14. Sans les femmes, pas d’avenir.
  15. Il n’est jamais l’heure de goûter.
  16. Les portables ont pris le pouvoir.
  17. Nul ne peut rien pour quiconque.
  18. La plus haute vitesse est immobile.
  19. Revivre, tel est le souhait des morts.
  20. Sans Dieu, tous les paris sont perdants.
  21. Sans la mémoire, le temps serait cyclique.
  22. Entre jeunes et vieux, c’est la lutte à mort.
  23. Les grands événements inversent le temps.
  24. Le temps est un enfant qui joue au tric-trac.
  25. L’homme et l’enfant sont la même personne.
  26. Les immeubles triangulaires sont diaboliques.
  27. Les reflets multiplient les êtres sans nécessité.
  28. Il y a une seule histoire pour tous les hommes.
  29. La mémoire de l’objet tue la mémoire du sujet.
  30. Une organisation secrète punit les gens moraux.
  31. Le téléphone est œdipien, et l’amnésie, infantile.
  32. Naissance, mort: toutes les portes sont définitives.
  33. Les deux roues ont décidé d’attaquer les humains.
  34. Jamais la flèche en plein vol n’arrivera jusqu’à la cible.
  35. Une secte d’amnésiques recrute en organisant des accidents.
  36. Une simple panne de machine à café peut déclencher des désastres.

La réduction biologique consiste à remplacer l’arbre spatial de la classification des espèces par l’arbre temporel de l’évolution. Avec Darwin, toutes les différences cessent d’être physiques, et donc spatiales, pour devenir successives. Confirmée par le déchiffrage du code génétique, cette réduction aligne le vivant dans un temps reproductif où la vie dure par copie, et mute par hasard. Une espèce n’est jamais qu’une erreur durable. A la longue, chaque vivant existe au milieu de toutes les erreurs, comme s’il habitait quelque musée des erreurs. Pour nous, la conséquence est triste, et même lamentable : notre temps cumule nécessairement toutes les erreurs survenues dans l’histoire, méticuleusement reproduites et soigneusement entretenues. Notre temps est le musée des erreurs.

La vie est une erreur, rendue fatale par le temps. L’apparition de la vie, comme celle de chaque espèce nouvelle, avait en soi fort peu de chances de se produire : mais vue l’immensité du temps, le nombre de coups est tel que l’ensemble des combinaisons possibles doit nécessairement se produire. Avec cette idée d’erreur fatale, la biologie entrevoit une nouvelle alliance entre le hasard et la nécessité, où la vie se fait poids du fortuit, histoire. Or c’est bien le temps seul qui rend nécessaire le possible.

Le temps rend fatal tout hasard, condamnant la totalité du temps à devenir tôt ou tard présent. A cause du temps, le réel est plus long que le possible, condamnant par là même le modeste ensemble des existences à revivre indéfiniment toutes les formes de redites, de répétition et de circularité. Le temps est un enfant qui joue au dé, encore et toujours, jusqu’à ce que chaque face soit tombée un nombre infini de fois. Le temps est un enfant qui bégaie.

Mais cette itération perpétuelle, dans les êtres de nature, faut-il la laisser perdre ? Doit-on se contenter de cultiver la nature pour en tirer jour après jour quelque maigre pitance, ou chercher en son sein la source d’un temps neuf, capable de transformer tout le reste ? Ne peut-on, pour transformer le monde en son entier, prendre la vie et la mettre au travail ?

Darwin est le contemporain de la naissance de la clinique, ce regard tout à coup plein d’attention pour le corps et sa santé, y compris chez les pauvres. Lorsqu’on se soucie plus de cadence que  charité, l’hospice devient l’hôpital. La médecine a dû attendre, pour concerner l’humanité entière, le projet caractéristique du capitalisme conquérant : acheter peu à peu la totalité du temps humain disponible.

Comment exister, si rien n’existe ? Quel espace rallier en dehors de l’espace ? Pour exister dans le vide de l’espace, il suffit d’être le temps.

L’espace n’est rien. L’espace est le rien, car il est presque infiniment vide. Toute l’existence est donc dans le presque, dans l’anomalie, l’erreur d’exister. Car l’existence est une erreur du vide, comme une étoile, dans le noir infini de nos nuits.

L’existence est une série de points dans l’espace : ils n’occupent pas l’espace, ils ne sont pas spatiaux, ils sont temporels. L’existence est un nuage, un jeu d’instants. Sensations, souvenirs, tons, vécus, regards, ambiances. Chacun de ces points est un monde, et chacun de nous, une fédération de mondes. Je ne suis rien qu’un jeu d’instants.

C’est ainsi que nous sommes le temps. Cette existence nous allie aux choses, car nous les sommes. Les choses sont le temps de les faire, de les vivre. Scintillances, miroitements. L’existence est la lumière du temps.