Nietzsche compare la femme à un oignon : si on lui demande la vérité, elle minaude, se fait prier et finit par enlever une de ses nombreuses pelures.  Qu’y a-t-il au centre de l’oignon ? Un mystère ? Un secret ? Rien, peut-être, nous ne pouvons savoir, dit-il, parce que nous ne savons pas ce que les femmes se disent entre elles. Mais une femme, Ella Balaert, pour écrire Pseudo, a été obligée de lever un coin du voile, car elle nous montre trois femmes qui parlent entre elles pour inventer une femme, afin de séduire un Monsieur par mail. Nous avons donc les minutes de leurs discussions stratégiques, entres femmes, pour jouer La femme.

Car si la femme n’existe pas, comme nous le savons depuis Lacan, cela empêche-t-il de la créer, puis de la jouer, comme font les femmes ? Mais si les hommes croient en La femme, tandis que les femmes en jouent, La femme est une arme, une des seules peut-être, mais non des moindres, de ce sexe que l’on a longtemps dit beau et faible. L’ « éternel féminin », « l’ingénuité », « la femme fatale », « la sincérité », tous ces mythes sont-il autant de « coups » des femmes ?

Voici, pour en juger, trois petites phrases de Pseudo. Dans les deux premières, les femmes parlent entre elles, dans la troisième, c’est Eva qui parle, la femme fictive qu’elles jouent tour à tour.

« Tu veux qu’on la joue éternel féminin ? »

« S’il te plaît, ne nous fais pas le coup de la sincérité. Qui suis-je au fond, le sais-je moi-même etc. Non, par pitié ! »  

« Je ne suis pas la femme mystérieuse que vous dîtes. Je suis une petite personne tout simple.»

 En savoir plus sur Ella Balaert:

http://ellabalaert.wordpress.com/                     http://fr-fr.facebook.com/people/Ella-Balaert/

Platon a-t-il été juste envers la caverne ? Du refuge immémorial de la prime humanité, il a fait l’allégorie de l’illusion. Du feu récemment conquis, à la fois chaleur et protecteur, il a fait la source lumineuse d’un spectacle fallacieux. Des premières traces de l’art humain, des vestiges de l’art pariétal, des mains si émouvantes tracées en creux, en plein, de ce vertige d’animaux ocres et noirs, il a fait la pire des dépendances, où le monde même est remplacé une projection d’inexistences.

Dans les grottes ornées de notre préhistoire, il se peut bien que des chamanes aient aimé jouer avec la lumière du feu, avec la forme des roches, avec le mouvement des ombres et toutes leurs suggestions. Je veux bien que ceux là aient inventé cette pire sorte de mensonge ontologique que l’on retrouvera dans toutes les religions, comme dans tous les spectacles, jusque dans le théâtre et le cinéma.

Admettons que ces jeux de mots, de formes et de lumière aient inventé la fiction. Reprocherons-nous éternellement au faux d’être comme l’ombre mensongère du réel, ou accepterons-nous la fiction comme le bord de nos choses ? La science oppose le vrai et le faux comme Epicure les atomes et le vide. Mais toute chose irradie. Elle est, comme moi, grosse de toutes les histoires possibles. A quoi pourrait-elle servir, et moi-même, que pourrais-je faire, si nous n’étions toujours environnés de mille récits possibles, quant à son usage et mes actions, reliés de mille et un récits dont aucun n’est réel, mais qui tous sont possibles ? Laissons à la chose ses jeux d’ombres, mes scénarios et ses légendes. Sa mythologie est ma liberté.

Tout est vrai dans le monde

28 novembre 2010

Tout est vrai, donc, quoique je dise de mon monde, pour peu que je n’étende pas ces propos à l’ensemble du réel.
Tout est vrai dans le monde, en ce sens que n’importe quelle phrase est vraie au moins dans le monde où elle est vraie, tout comme Alice vit vraiment au pays des merveilles. Tout est faux, en ce sens qu’on ne saurait réduire le réel à quelque monde que ce soit. Tout est vrai dans le monde, tout est faux dans le réel. Quant à la vérité elle-même, elle est dans l’être.
Dès lors, mon monde, si vaste soit-il, n’est jamais qu’un sous-ensemble plus ou moins étendu du réel, circonscrit par mes mots. Il suit qu’il est toujours réel, sans jamais être le réel, puisqu’il se borne d’emblée à ce que j’accepte de considérer. Libre à moi de définir mon monde comme je l’entends. Libre à moi de ne retenir du réel que ce qui me plait ou me ressemble. Il n’y a pas là d’affirmation, mais une simple décision : celle d’oublier tout le reste du réel.
(Extraits de : Jean-Paul Galibert, Invitations philosophiques à la pensée du rien, Léo Scheer, 2004).

Etrange échange: des mots contre une action. “Tu vas faire ce que je te dis”. Etrange phrase, qui n’est vraie que si l’autre obéit. Mais comment puis-je le savoir à l’avance? Par quel miracle puis-je omettre d’avance sa liberté de refuser? seulement si je montre, ou suggère ma capacité implicite de sanction. Tout ordre contient un sinon menaçant. Et laisse planer des sanctions de plus en plus sévères, en cas de refus persistant. Canetti avait raison: tout pouvoir repose sur un tas de morts.

Philosophie: certitude

19 septembre 2010

Si une chose était vraie de chacun des possibles, elle serait certaine, puisque vraie dans tous les cas possibles.