Ma philosophie est comme un dé dont voici les six faces :

Tout est un                             (c’est le principe du RIEN)

Le mal est destruction            (c’est le principe du NEANT)

L’être est utopie                     (c’est le principe de l’ETRE)

Chaque chose est imaginaire  (c’est le principe du MONDE)

Tout  est réel                          (c’est le principe du REEL)

Tout est possible                    (c’est le principe du JEU)

Ce cube se lance à propos de chaque chose comme un dé :

chaque face à son tour peut devenir  le principe de base

et chaque autre suggérer sa propre piste à la pensée.

Toutes sont des questions qui permettent d’explorer

comme autant de facettes,  les possibles d’une chose.

Comment exister, si rien n’existe ? Quel espace rallier en dehors de l’espace ? Pour exister dans le vide de l’espace, il suffit d’être le temps.

L’espace n’est rien. L’espace est le rien, car il est presque infiniment vide. Toute l’existence est donc dans le presque, dans l’anomalie, l’erreur d’exister. Car l’existence est une erreur du vide, comme une étoile, dans le noir infini de nos nuits.

L’existence est une série de points dans l’espace : ils n’occupent pas l’espace, ils ne sont pas spatiaux, ils sont temporels. L’existence est un nuage, un jeu d’instants. Sensations, souvenirs, tons, vécus, regards, ambiances. Chacun de ces points est un monde, et chacun de nous, une fédération de mondes. Je ne suis rien qu’un jeu d’instants.

C’est ainsi que nous sommes le temps. Cette existence nous allie aux choses, car nous les sommes. Les choses sont le temps de les faire, de les vivre. Scintillances, miroitements. L’existence est la lumière du temps.

Et si le plus grand de tous les infinis était un devoir ?

Il y a bien des infinis, rien qu’en mathématiques. Certains sont égaux, et d’autres sont plus grands, paraît-il. Mais le plus grand des infinis mathématiques est loin de contenir tout, puisqu’il ne se compose que d’espace, de points ou de nombres, et laisse donc en dehors de lui tout ce qui excède l’abstraction des objets mathématiques.

Le Dieu des monothéismes est un formidable infini, qui serait capable de créer le monde en son entier ; mais justement : il aurait pour dehors le monde créé, et resterait donc un infini limité par la finitude, par toutes les finitudes qui lui restent extérieures.

Le Dieu de Spinoza est sans doute un des infinis les plus immenses, puisque qu’il comporte une infinité d’attributs qui sont eux-mêmes infinis. Quoi de plus grand que l’infini à la puissance infinie ? En un sens, cet infini est tout, un tout sans dehors, et donc sans limite externe : tout est en lui. Mais n’y a-t-il pas plus grand que tout ? Et donc un infini plus grand que l’infiniment infini ?

Tant que l’on conserve la genèse spinoziste de l’infini, le Dieu de Spinoza est l’infini le plus grand. Mais si l’on trouvait une autre genèse, à la fois plus simple et plus puissante, on pourrait-on apercevoir un infini plus grand encore ? En effet Spinoza engendre l’idée d’infini par addition d’espace: l’infini est ce qui est plus grand que toute chose finie donnée, comme un objet débordant chaque fois de boites toujours plus grandes. L’infini s’engendre par une série d’inclusions croissantes et toujours déjouées.

Mais on peut aussi accéder à l’infini, à un tout autre infini, bien plus grand, par soustraction des frontières, par la suppression des limites. On obtient alors tout, et quelque chose en plus, comme un esprit commun, qui va au delà de la continuité rétablie, et qui est de l’ordre de la communauté retrouvée, de la nourriture retrouvée pour l’exigence de justice sociale, du sens de la nature et des biens publics comme inappropriables, comme irréductibles à la propriété privée exclusive et privative. S’ouvre alors l’infini d’Anaximandre, de Parménide et d’Héraclite, qui exposèrent l’immense, mais plus encore celui de Jésus, Nagarjuna et Rousseau, qui l’exposèrent aux peuples comme un devoir. Combien d’hommes, combien de partageux comme les défricheurs niveleurs de Winstanley, ou les paysans sans terre du sous-commandant Marcos ont-ils écrit l’histoire lumineuse de cet infini entre tous le plus grand : l’illimité ?

La tâche de notre sous-commandant, il est vrai, était facilitée par sa langue : l’espagnol dispose en effet d’un mot pour dire « arracher les clôtures » : desalambrar. Le plus infini de tous les infinis, l’illimité, est un devoir. On rejoint, en un sens, Levinas, mais ici, ce n’est pas l’autre qui appelle et me rend sujet, c’est l’infini. Et son appel, l’illimité, est le devoir lui-même. Les territoires du vide, les sites métaphysiques, les paysages de l’infini, me montrent, avec la terre nue,  l’étendue sans limite de ma responsabilité.

Le cogito amoureux

17 juin 2011

 

L’amour semble impossible: si je t’aime, tu es tout, et moi rien : comment ce rien pourrait-il s’estimer assez réel pour espérer être aimé? “Quelle est donc cette distance infime qui sépare évanoui d’épanoui? La distance métaphysique elle même, qui figure comme un discret décalage entre deux choses dont aucune n’existe face à l’autre, et qui pourtant se font être.

L’amour, comme la mer, c’est l’infini en face. La caresse est une promenade, où il s’agit toujours de longer l’infini, de le border, pour ainsi dire. Aimer, c’est voir l’existence du dehors. Mais peut-il y avoir une limite sans passage? Le passage le plus impossible n’a-t-il point quelque existence?  Pourrions-nous désespérer de comprendre l’autre si nous ne l’espérions pas? Qu’une chose n’existe pas, ou s’avère impossible, est-ce l’acte de mort ou de naissance du désir? L’amour n’est donc pas ce mont inaccessible ou cet infini marin, mais le chemin des impossibles qui y conduit tout droit. C’est parce que l’amour est impossible que le désir nous y destine.

Adorer devrait m’annuler, comme toute position de l’autre comme infini. Mais le désir, cet autre nom de l’utopie, me sauve du néant, car il est toujours désir d’impossible. C’est lui qui me donne, avec l’audace d’aimer, ce fol espoir d’une réciproque qui me ferait exister. Ainsi, dans l’amour, deux inexistences se font une seule et même existence: il est cet impossible qui nous fait exister.

Tout est bon

11 mai 2011

Si le mal est destruction, tout le réel est bon. Le seul mal est le néant, qui égalise toutes les choses dans un universel anéantissement. Ayons l’amour de tout. Poussons la philosophie jusqu’à l’universel, puisque la sagesse se réduirait à n’aimer que la sagesse. Elle peut, elle doit aimer aussi tout le reste, et « tout le reste », c’est très précisément le réel, dans son avantageuse immensité, comme dans la luxueuse profusion de ses aspects. Le moindre fait réel, si douloureux soit-il, est aimable, car aucun contraire ne demeure sans contraire.

Le propre le plus intime d’une chose, sa propre condition d’existence est son contraire, son contenu contrariant ou son contexte adverse, en un mot l’ennemi qui l’entretient. Exister, c’est se contredire, et tout ce qui existe est sympathique. Le néant seul est haïssable, car il détruit également les contraires qui sont les véritables conditions d’existence de la chose, et figurent en elles comme des parties fort pacifiques au fond, puisqu’ils sont toujours complices en leur contrariété, et connivents pour leur maintien mutuel.