Il y a marcher, voyager, mais aussi tracer, écrire. On peut parler, penser ou encore avancer. Mais toujours, toujours en traçant ou en suivant une ligne. Route, piste ou chemin;  démarche, projet ou création; vers, phrase ou formule; espoir, idéal ou utopie : toujours on suit sa trajectoire. Mais qu’est-ce qu’une ligne ? Quel est cet appel de l’infini ? Quelle est cette disposition, cette composition qui se produit dans le monde du simple fait qu’une ligne s’élance?

Toute ligne est un cube, car une ligne n’a pas deux mais six côtés. Une ligne, cela sépare deux moitiés, deux pans symétriques dans l’infini qui est continu : ce sont les bords. Mais la ligne va d’un point à un autre, fussent-ils à l’infini, ce sont les fins, comme l’origine, ou la destination. Et enfin la ligne suppose un fond préalable, quelle scinde et oriente, et permet de multiples jeux de transferts et de relations, d’échanges et de passages. Ainsi toute ligne a deux bords, deux fins et deux fonds.

La ligne inaugurale est celle du langage, forcément aligné dans le fil de la parole et l’avancée de la pensée. Dès qu’il existe, le langage sépare le réel, tel qu’il serait sans lui et le monde, qui s’observe grâce à lui. Ce sont les deux bords de la ligne. Mais la ligne du langage nous oriente, conformément à un projet, à ce qui doit être, l’être et contrairement à un rejet, celui du néant. Enfin, nécessairement, ce découpage suppose un fond préalable, infini et indécis, que nous nommerons le rien, et permet une infinité de liens et de traverses, de mutations et permutations, de change et d’échanges que nous nommerons le jeu.

Comme toute phrase, toute ligne est donc à six faces ou à six phases, comme un cube, ou un dé. Toute avance, toute phrase, toute ligne est l’ouverture de six possibles. Jet de dé. Totalité, tonalités. Si je pense, je peux toujours observer ou imaginer, désirer ou fuir, me fondre ou jouer. Ainsi, dès qu’on parle, tout est possible : aussi bien le réel que le monde, l’être que le néant, le rien que le jeu. Dès qu’on la trace, la ligne du langage produit une égalité des possibles qui est indissociablement hasard et choix, ces deux faces inconfortables de la notre liberté.

tout est réel

2 octobre 2010

Certaines choses n’existent pas, certes, mais aucune ne peut atteindre une pure inexistence, ou quelque autre état de néant si absolu qu’il ne contiendrait pas la moindre once d’existence. Car une telle chose n’aurait pas de nom pour être dite, pas d’image pour être imaginée, pas de visuel pour être vue, et ainsi de suite. Or si elle n’avait ni n’était absolument rien, elle ne pourrait même pas être une illusion. Concluons donc qu’une chose quelconque contient au moins le minimum pour figurer parmi les fictions, c’est à dire parmi des choses qui ont au moins la réalité de se prétendre réelles, et de comporter quelques aspects capables de nous y faire croire. Rien n’est donc en dehors du réel.

En plus du réel et du possible, il convient sans doute d’admettre un bon nombre de touts. On pense à l’être, puisque tout est, en un sens (au sens très platonicien suivant lequel l’être comme devoir être permet de définir la nature de la chose dont on parle, comme l’Idée donne à la chose sa forme). Mais on cite de plus en plus souvent le langage, dont il faut bien reconnaître qu’il trace dans le réel les limites de chaque chose. En un sens, si l’on veut, tout est absurde, tout est monde, etc. Multiplions les touts sans crainte d’incohérence ou de morcellement, car d’un côté ils sont tous si bien fondus dans cet Un antédiscursif, où tout revient au même, que de l’autre ils peuvent proliférer sans le moindre risque d’éclatement, ou de contradiction : il y a autant de touts que de mots pour tout dire, même si tous, au fond, désignent la même chose.

tout est rien

24 septembre 2010

L’être est idéal

Le néant est destruction

Le monde est imaginaire

Le réel est absurde

Autant dire que tout est rien

Mourir est le miroir de vivre, l’instant de la vie toute, résumable en un mot.