AIMEZ-VOUS L’AMOUR ? _____ ____ ____ (Lire Balaert)
11 avril 2012
Aimez-vous tout l’amour ? Savez-vous n’opposer aucune de ses formes ? Savez-vous rire de ceux qui le jugent faiblesse, mièvrerie, péché, excès, délire ? Savez-vous le faire sans culpabilité ?
Pour le savoir, méditez le cas Sand, telle que nous la décrit Ella Balaert :
« C’est alors que je vois Sand apparaître à la fenêtre du pavillon, cheveux en bataille, cernes bleutés sous ses yeux brillants, chemise ouverte sur une gorge épanouie, marbrée de roses morsures et de pinçons coquins. Elle baille et étire ses bras blancs et pleins :
- Ah, quelle admirable nuit ! Que d’étoiles ! Que de parfums ! Sens-tu les tilleuls, mon bon Balandard ? Et les lilas ? Elle peut dire ce qu’elle veut, la Rumeur, je m’en bats l’œil. Je ne l’écoute pas. Les cancans, je m’en fous. Eh bien oui, j’ai aimé. Et alors ? Qu’y a-t-il de plus constant dans notre vie que l’amour, sous toutes ses formes ? L’amour est notre vie même. Oui, j’ai plié sous les assauts léonins d’amants fougueux, enragés, embrasés, oui, j’ai mordu, j’ai griffé et je l’ai été moi-même tout autant. Je n’en ai aucune honte. L’union complète de la femme et de l’homme est une sainte chose. On laisse impunément des hommes violents violer leurs épouses dans le mariage, et on condamne ceux qui s’aiment, corps et âme, sous prétexte qu’ils ne sont pas mariés ? Ah, Stéphane Ajasson de Grandsagne, Jules Sandeau, Alfred de Musset, Pietro Pagello, Michel de Bourges, Charles Didier, Pierre Bocage, Félicien Malefille, Frédéric Chopin, Victor Borie, Hermann Müller-Strübing, Alexandre Manceau et d’autres encore, que j’aime à prononcer vos noms, mes amants. »
En savoir plus sur ce livre : http://ellabalaert.wordpress.com/
____LES GENTILS SONT-ILS GENTILS ?____(Lire Balaert 2)
12 octobre 2011
Je ne suis pas toujours d’accord avec Balaert, par exemple sur la gentillesse. Dans Pseudo, il y a le cas troublant de Charles. Il est marié avec Sophie, et tout le monde est d’accord sur un point : il est très gentil avec elle : Il s’absente de l’hôpital pour lui apporter des fleurs, et ainsi de suite. Il est vraiment TRES gentil. C’est ça le problème. Car peut-on vraiment être aussi gentil ? Ou bien cela cache-t-il autre chose ? Question diabolique, qui admet au moins quatre réponses possibles :
1 Charles est gentil : il est tellement bête qu’il est vraiment gentil (J’avoue ma faiblesse pour cette hypothèse, quitte à plaider l’intelligence de l’imbécile).
2 Charles se sent confusément coupable : il est parfois infidèle, et cherche inconsciemment à se faire pardonner.
3 Charles est hypocrite, et calculateur : il sait que sa femme n’est pas dupe, mais veut apparaître malgré tout aux yeux de tous les autres comme un mari aimant. Sa gentillesse est un fond de commerce.
4 Charles est pervers : il est gentil seulement pour que Sophie se sente coupable de lui devoir tant. Sa gentillesse est au fond la pire méchanceté.
J’aimerais avoir votre avis, parce que, selon la réponse, c’est la nature même de la gentillesse qui change du tout au tout.
On ne sait pas ce qu’en pense Balaert ; on sait seulement ce qu’en pense son personnage, Sophie, la femme de Charles, et c’est, hélas, très clair : « Quant à Charles, qu’il m’aime comme il le fait, bien sûr que si, c’est une raison suffisante de lui en vouloir ! Il y a de la perversité à aimer comme le fait mon mari. A pousser l’autre dans ses retranchements, jusqu’à l’exaspération. A se parer soi-même de toutes les qualités de l’amour vertueux pour que l’autre, en regard, se sente diminué. C’est diabolique, son besoin de passer pour un ange. (…) Sa bonhomie est trompeuse. Ses cadeaux sont des pièges. Il me porte aux nues, apparemment, parce qu’il sait, il espère, que par contrecoup, je vais me culpabiliser. Demander pardon d’être si méchante avec lui qui est si gentil. (…) S’il existait, l’amour serait gratuit et désintéressé. Or ce que je vois agiter les cœurs sous ce nom est un exercice comptable qui exige des retours et crée des dettes»
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La caresse
23 septembre 2010
La caresse est l’invention patiente, modeste, pleine de tact et de retours, d’un espace commun, à la lisière des corps, à l’orée des peaux. Aucun ne peut prendre la place de l’autre. Aucun ne peut ouvrir quelque porte secrète et tout montrer, ou tout dire, ou encore tout comprendre et partager. La solitude est incessible, inaliénable, incommunicable. Mais, précisément parce que l’autre restera toujours en face de moi, étranger, comme un dehors inaccessible, chacun de nous peut devenir pour l’autre comme un infini à longer. Chacun peut se présenter à l’autre comme un bord, une niche, un coin où vivre, comme une épaule connue où l’on pose sa tête.
Extrait de « le bord de la solitude », conférence de 2009, en ligne le site des « Conserveries Mémorielles »