Il est toujours possible de choisir tout. C’est cela la stratégie de l’algue. Au pied de l’arbre, la fourmi tente l’escalade, quitte à se fatiguer, et à n’être jamais que sur l’une des branches. L’araignée préfère accumuler ses forces et tisser en attendant que quelque hère passe entre les branches de l’arbre. Mais il y a toujours une troisième solution, une solution tout autre: celle qui résout tout et qu’on n’envisage même pas, parce qu’elle est impossible. C’est la métasolution, que l’on reconnaît immédiatement : elle est aussi absurde que parfaite. Ici la solution n’est pas de monter à l’arbre, ni d’attendre en bas, mais de devenir l’arbre.

Une métasolution, cela ne s’invente pas, cela se trouve. Car c’est toujours déjà réel : il y a longtemps que, tout ailleurs, chacun des problèmes est déjà résolu. Il suffit de trouver, quelque part dans le réel, l’impossible que l’on cherche. En fait le sentiment d’impossibilité est tel que chacun renonce aussitôt à chercher dans le réel ce qui est impossible. Or, pour peu que l’on suspende cet interdit, ce découragement ou cette paresse, on trouve vite et sans peine ce que l’on cherche.

Extrait de Jean-paul Galibert, L‘idée de ludique, Publie.net, texte en ligne