Aimez-vous tout l’amour ? Savez-vous n’opposer aucune de ses formes ? Savez-vous rire de ceux qui le jugent faiblesse, mièvrerie, péché, excès, délire ? Savez-vous le faire sans culpabilité ?

Pour le savoir, méditez le cas Sand, telle que nous la décrit Ella Balaert :

« C’est alors que je vois Sand apparaître à la fenêtre du pavillon, cheveux en bataille, cernes bleutés sous ses yeux brillants, chemise ouverte sur une gorge épanouie, marbrée de roses morsures et de pinçons coquins. Elle baille et étire ses bras blancs et pleins :

- Ah, quelle admirable nuit ! Que d’étoiles ! Que de parfums ! Sens-tu les tilleuls, mon bon Balandard ? Et les lilas ? Elle peut dire ce qu’elle veut, la Rumeur, je m’en bats l’œil. Je ne l’écoute pas. Les cancans, je m’en fous. Eh bien oui, j’ai aimé. Et alors ? Qu’y a-t-il de plus constant dans notre vie que l’amour, sous toutes ses formes ? L’amour est notre vie même.  Oui, j’ai plié sous les assauts léonins d’amants fougueux, enragés, embrasés, oui, j’ai mordu, j’ai griffé et je l’ai été moi-même tout autant. Je n’en ai aucune honte. L’union complète de la femme et de l’homme est une sainte chose. On laisse impunément des hommes violents violer leurs épouses dans le mariage, et on condamne ceux qui s’aiment, corps et âme, sous prétexte qu’ils ne sont pas mariés ? Ah, Stéphane Ajasson de Grandsagne, Jules Sandeau, Alfred de Musset, Pietro Pagello, Michel de Bourges, Charles Didier, Pierre  Bocage, Félicien Malefille,  Frédéric Chopin, Victor Borie, Hermann Müller-Strübing, Alexandre Manceau et d’autres encore, que j’aime à prononcer vos noms, mes amants. »

En savoir plus sur ce livre :  http://ellabalaert.wordpress.com/

Dès la première page de Pseudo, d’Ella Balaert, ce sont les mots qui font naître le récit, parce qu’ils font naître le désir:
 
« Lisez, mes amies ! Lisez le message que je joins à ce courrier. Et dîtes-moi ce que vous en pensez. Pas du meuble, mais de l’homme qui a rédigé le message. Franchement, un individu capable de faire rire dans une petite annonce qui met en vente un semainier Empire en placage d’acajou est un homme rare, non ? Surtout quand le meuble a pour poignées de tiroirs des « anneaux retenus par des mufles de lion » et des  « pieds griffes en bois noirci »… Sans parler des « blanches veines  du marbre gris »…Et cette console Louis XVI ! Je sens que je vais craquer … « Acanthes sculptées »…Ce que ça sonne bien !  « Enroulements en ceinture »…Quelle sensualité … Qui eût cru qu’il pouvait s’échanger des propos si torrides sur une innocente liste de brocanteurs ?»
 
Car d’où vient-il, le désir? Rêve-t-il de posséder ou d’être possédé? Et par quoi faut-il être possédé pour que le désir s’éveille ? Comment la littérature érotique peut-elle suffire, où le corps lui-même ne suffit pas toujours ? Le désir pourrait-il naître simplement de mots ? De mots que l’on chuchote, de mots que nous imaginons, de mots lus, de mots sus, de mots ouïs. Regardez l’art des mots culinaires, et imaginez qu’ils se chargent, comme chez Balaert, d’un érotisme à la fois latent et piquant :
 
« Vous me demandez si je suis gourmande ? Tout dépend dela friandise. J’aime que le salé au sucré se marie, j’aime que la ferme tendreté d’une viande s’accompagne d’un fruit fondant. J’aime qu’une épice exhausse une sauce, et qu’en bouche un bon vin me râpe, un peu, les papilles. Et je préfèrerai toujours un assortiment de mignardises à un seul gros gâteau, fût-il crémeux à cœur.  Car j’aime la variété, la surprise et la fantaisie. Pas vous ? »
 
Dans Pseudo, l’invite est implicite,  explicite à la fois, tant le désir aime à se dévoiler en se voilant, comme le sens des mots, leur œuvre en nous, si sensuelle. Seul un mot peut susciter le désir, et c’est cela, le sens. Sinon, pourquoi le poursuivrions-nous? Comme chez Eve, le désir est toujours de comprendre. 
 
« Il y a mille façons de croquer la pomme, vous savez, cher Ulysse. Laquelle a vos faveurs ? Il faut déjà la bien choisir. Ferme, lisse, la peau douce. On peut l’aimer sucrée, personnellement,  je la préfère légèrement acidulée, je trouve que cela procure des sensations plus vives, surtout si la chair, crue, en est un peu coriace. Mais à l’occasion, je ne dédaigne pas de la  consommer  préparée. En charlotte, en tatin, cela fait un peu trop scène d’hiver, devant un petit feu. En chausson, c’est pire : pourquoi pas en charentaises ?  Mais on peut la farcir, on peut la flamber, ou la regarder fondre (dans une noix de beurre, avec un soupçon de cannelle). Car tout est bon en elle, et c’est bien à tort qu’on en a fait un fruit défendu, ne croyez-vous pas ? Ou peut-être est-ce pour cette raison qu’on l’aime ?»
 

En savoir plus sur Ella Balaert:

http://ellabalaert.wordpress.com/                     http://fr-fr.facebook.com/people/Ella-Balaert/

Nietzsche compare la femme à un oignon : si on lui demande la vérité, elle minaude, se fait prier et finit par enlever une de ses nombreuses pelures.  Qu’y a-t-il au centre de l’oignon ? Un mystère ? Un secret ? Rien, peut-être, nous ne pouvons savoir, dit-il, parce que nous ne savons pas ce que les femmes se disent entre elles. Mais une femme, Ella Balaert, pour écrire Pseudo, a été obligée de lever un coin du voile, car elle nous montre trois femmes qui parlent entre elles pour inventer une femme, afin de séduire un Monsieur par mail. Nous avons donc les minutes de leurs discussions stratégiques, entres femmes, pour jouer La femme.

Car si la femme n’existe pas, comme nous le savons depuis Lacan, cela empêche-t-il de la créer, puis de la jouer, comme font les femmes ? Mais si les hommes croient en La femme, tandis que les femmes en jouent, La femme est une arme, une des seules peut-être, mais non des moindres, de ce sexe que l’on a longtemps dit beau et faible. L’ « éternel féminin », « l’ingénuité », « la femme fatale », « la sincérité », tous ces mythes sont-il autant de « coups » des femmes ?

Voici, pour en juger, trois petites phrases de Pseudo. Dans les deux premières, les femmes parlent entre elles, dans la troisième, c’est Eva qui parle, la femme fictive qu’elles jouent tour à tour.

« Tu veux qu’on la joue éternel féminin ? »

« S’il te plaît, ne nous fais pas le coup de la sincérité. Qui suis-je au fond, le sais-je moi-même etc. Non, par pitié ! »  

« Je ne suis pas la femme mystérieuse que vous dîtes. Je suis une petite personne tout simple.»

 En savoir plus sur Ella Balaert:

http://ellabalaert.wordpress.com/                     http://fr-fr.facebook.com/people/Ella-Balaert/