Eloge de la contradiction
27 avril 2011
Le moyen le plus sûr de rire souvent, c’est de rire du néant. Et le capital, qui domine notre temps, nous aide puissamment. Le principe d’existence de l’hypercapitalisme est la rentabilité, c’est-à-dire l’inexistence. La chose, pour exister, doit être rentable, c’est à dire rapporter plus qu’elle ne coûte, en sorte qu’elle doit être à la fois équivalente et supérieure à sa valeur. Elle doit donc, pour exister, exister de moins en moins. Elle n’apparaît qu’à la condition expresse de disparaître peu à peu. Le capitalisme est une immense négation, une économie négative, qui place la négation en condition unique de l’existence. C’est l’expansion du domaine du néant .
A quel principe ontologique plus vaste, plus puissant et plus drôle pourrait-on songer pour être comme une alternative ? La ludique propose d’opposer à la négation capitaliste le principe par excellence qui n’exclue rien : la contradiction. C’est la voie du moindre effort, la seule ouverte au fond à ceux qui n’ont aucune force. Car pour se rassembler sous la bannière de la contradiction, les adversaires du capital n’ont même pas besoin de surmonter leurs divisions. Point besoin de cohérence pour avoir des conséquences. Ils n’ont même plus besoin d’agir pour ne rien faire. Au fond, le seul espoir d’en finir avec le capital, c’est qu’il tombe de lui-même en poussière, et c’est très exactement cela, la contradiction.