L’imagination est-elle la porte du réel ?
15 novembre 2011
Pouvons-nous connaître le réel autrement que par l’imagination ? On peut le vivre, évidemment, mais si peu, au fond. Car le monde vécu, si errant soit-il, est fort petit, comparé à l’infinité du réel, dans l’immensité de l’espace et l’éternité du temps. Comment espérer vivre le réel, lorsque les langues se comptent par milliers, les dieux par millions et les hommes par milliards ?
La seule chose en nous qui puisse être aussi grande que le réel, c’est la liberté, et son effort en direction du réel, l’imagination.
C’est donc à Descartes que nous donnons raison contre lui-même, car sa méthode de solution progressive des difficultés aurait dû lui suggérer une manière ordonnée d’imaginer le chilliogone. C’est en effet notre devoir : comment pourrions-nous renoncer à imaginer une figure à mille côtés, alors que nous avons le plus évident devoir d’imaginer six millions de juifs assassinés ?
Serait-il possible que la découverte du sens, la compréhension, ce que Bouddha nommait l’éveil, ce que d’autres ont pensé comme nombre chez Pythagore, comme Idée chez Platon, illumination, initiation, gnose, révélation, lumière de la raison, ou même surréalité n’ait jamais été que cet instant où l’imagination touche au réel ?
Le réel n’est pas à connaître, il est à imaginer.
ON A TOUJOURS RAISON DE S’INDIGNER
18 octobre 2011
Sartre disait qu’on a toujours raison de se révolter, et il avait raison; mais on a encore plus raison de s’indigner, car l’indignation est une révolte pacifique et unanime. Rien n’est plus légitime, plus massif et donc plus puissant que l’indignation.
Regardez le mouvement mondial des indignés, qui a tout notre soutien : voilà des gens qui se rassemblent pour s’assoir ou camper sur les places des villes, sans arme, sans parti, sans leader, avec seulement une question : « accepterons-nous encore longtemps que 99% subissent toutes les peines du monde pendant qu’1% jouit de tous les pouvoirs, de tous les profits, et au fond, de toutes les existences qu’il pressure ou qu’il détruit ? »
Les indignés posent un énorme problème à tous les dirigeants du monde, parce que tout le monde sait, même ceux qui ont un intérêt direct ou indirect à lutter contre eux, tout le monde sent bien qu’ils ont raison, de réclamer le pain, le toit, l’emploi pour tous, une démocratie sans corruption, une taxation humanitaire des flux de capitaux, ou des avancées écologiques. A-t-on vu quelque part un mouvement se dessiner en faveur du chômage, ou de la pollution ? A-t-on manifesté quelque part en faveur de l’augmentation des profits des multinationales? A-t-on vu quelque part des clients exiger que leurs vêtements proviennent du travail d’enfants hyper exploités du tiers-monde ? A-t-on vu quiconque manifester en faveur de la fermeture lucrative d’une usine rentable ? A-t-on vu des salariés réclamer leur propre licenciement ?
Notre société est tellement malade que le simple bon sens est automatiquement classé à l’extrême gauche. Mais cela ne l’empêche pas d’être du bon sens. Et le bon sens, comme disait Descartes, est la chose du monde la mieux partagée.
On a toujours raison de s’indigner, parce que l’indignation est la voix de la raison.
POUR ASSOUPLIR LA RAISON, ECOUTER LE FOND
14 janvier 2011
La ludique rêve d’une souplesse de la raison, d’une raison qui cesse de commander pour se mettre enfin à écouter. La raison a trop parlé. Elle a trop décidé dans le silence du fond. Elle n’a pas su voir dans le fond le véritable lieu des formes, pas plus qu’elle n’a su voir dans le peuple, toujours si discret, la condition de tout ce qui l’intéresse. Aucun des objets traditionnels ou contemporains de la philosophie n’existerait sans le travail inlassable, anonyme et invisible du peuple, dont elle parle si rarement. Prenons exemple sur les astrophysiciens, que l’on voir si soucieux d’écouter le fond de l’univers, comme une origine qui nous attend.
Grâce à la ludique, la raison reprend le droit de jouer, et même de troubler les règles du jeu. La pensée a le droit d’inverser la pensée, de se demander ce que le fond pense de la forme. Depuis le temps que l’être se produit sur fond d’étant, l’étant doit bien avoir un avis. Nous proposons de donner le droit de vote au fond, à la masse anonyme, confondue et méprisée sur le fond de laquelle tout ce qui est important est toujours apparu. Faire une place aux seconds rôles, et même à l’arrière plan. La ludique est la première à penser à ce que l’on a toujours oublié. Le reste, c’est à dire les réels, tout ce qu’on néglige, et qu’on omet. Ce qui ne compte pas. Ce qui n’a rien à dire. Ce qui ne pense pas. Dans le doute, la ludique n’est pas avare de pensée : elle préfère prêter la pensée à un objet que la nier chez un sujet. Et puisque, condamnés depuis des siècles au mépris ou à la mort, ils sont des milliards à être réduits au silence, elle propose d’écouter le silence.
extrait de: Jean Paul Galibert, L’idée de ludique, livre numérique en consultation partielle et vente sur Publie.net:
http://www.publie.net/fr/list/auteur-11198-jean-paul-galibert/page/1/date
LA LUDIQUE COMME LIBERATION LOGIQUE
11 janvier 2011
Pourquoi la raison obéirait-elle à ce que l’on appelle encore la « logique » mais qui n’en est plus que le fantôme? Voici maintenant plus d’un siècle que la vraie logique, en devenant mathématique, a cessé de prétendre être un canon pour la pensée. Mais paradoxalement, ce que l’on appelle encore « logique », un vague résidu, une sorte de fantôme de la logique classique, continue dans l’usage courant à prétendre gouverner non seulement le cours des pensées, mais la nature même des choses.
La ludique se propose de libérer la raison du carcan de la « logique », de cet usage fantomal de la logique classique. La ludique autorise tout ce que la « logique » interdit. Ce faisant elle est dans le droit fil de la raison, car la raison doit admettre et penser le réel tel qu’il est et quel qu’il soit, et non le modeler d’avance à sa guise, en niant tous les aspects qui excèderaient ses propres grilles d’intelligibilité. La raison se reconnaît à ce qu’elle admet définitivement le droit souverain du réel à être différent d’elle. En admettant le scepticisme parmi les philosophies possibles, la raison admet que le réel puisse être inconnaissable. C’est même ainsi que la raison commence à devenir amusante. Car quel serait l’intérêt de retrouver dans le réel la rationalité que l’on y a posé d’avance ? La raison est palpitante lorsqu’elle a un risque à courir : celui de ne rien comprendre, parce qu’elle n’a rien imposé au réel, elle n’y a rien postulé, ni rien caché.
Philosophie: arraisonnement
19 septembre 2010
L’attitude qui pose comme nécessairement irréel ce qui est impossible pour la raison, nous la nommons arraisonnement, et nous devons ici la rejeter comme manifestement réductrice du nombre des possibles.