Que l’on saute par la fenêtre ou que l’on prenne toutes les précautions du monde, cela ne change rien : on a toujours le choix entre faire quelque chose, au risque d’échouer, et ne rien faire, au risque de l’endurer, mais dans les deux cas, on risque sa vie. Quelle est la manière la plus subtile et la moins risquée de risquer sa vie ? Que préférons-nous perdre ? Socrate risquait sa vie en questionnant, Galilée en cherchant, Molière en jouant. Car même sans mise à mort, nous courrons tous le risque de mourir en faisant ce que nous avons choisi de faire. La mort n’est que la loupe, l’arrêt sur image de nos choix. On comprend peu à peu que le grand risque serait de ne rien risquer.
Vivre, c’est risquer sa vie, chacun à sa manière. Alice, le personnage de Pseudo, a choisi de risquer sa vie en jouant :
« Il y a cette violence. Elle est ma sève. Elle est sans nom, mais elle exige de tout risquer sur un tapis, de tout miser sur un homme. Elle veut l’adrénaline, l’excès, les choses en grand. Dans les bras de Tony, c’est comme quand je gagne au poker: j’ai le sentiment d’exister. Ça ne dure pas. Mais l’instant est magique, absolu. Je donne tout. Je prends tout. Je sais très bien qu’après, il retourne vers sa femme, et qu’alors, c’est comme quand je perds, je ne suis plus qu’un tas de néant, bon pour le caniveau. Mais ma vie entière est là, dans ce balancement. Mon destin va du tout au rien, et c’est le hasard qui pousse ou retient l’escarpolette. Tout en haut, tout en bas, tout en haut. »
Il y a des milliers de styles de vies possibles. Mais le jeu est sans doute celui qui ressemble le plus au risque même de vivre :
« Chaque jour qui se lève ouvre une partie neuve et jette un nouveau dé : chaque nuit qui s’achève sonne l’heure du jugement. Tu parles du balancement de ta vie (passons sur l’image, quoiqu’il y ait à écrire, dessus). Je dirais plutôt que tu mets à chaque instant ta vie dansla balance. Tu pèses tes pertes comme Horus l’âme des morts et ta vie ne tient qu’à cette plume, qui repose sur son plateau. C’est-à-dire sur ton tapis. Le jeu est plus pour toi qu’un passe-temps. C’est un mode de vie, une façon d’être, de penser, de te lancer dans chaque aventure. C’est toi qui nous donnes une leçon à chaque instant : toi qui nous secoues et nous invites au pari. Entends ce mot comme tu veux. Au sens du tiercé dominical. Ou au sens du pari de Pascal. Avec au bout, possible, un bonheur absolu. Plus haut, toujours plus haut. »
pari
19 septembre 2010
Un étrange calcul conduit à parier lorsqu’on est sûr de perdre. Il suffit que le fait même de jouer procure un gain qu’aucune perte ne saurait annuler. Or jouer me procure le plaisir de m’imaginer gagnant, plaisir que la perte réelle interrompt, mais ne saurait annuler rétroactivement. Je puis de même consacrer ma vie à la préparation de quelque utopie dont je suis fort conscient qu’elle ne se réalisera sans doute jamais, pour peu que j’y gagne d’ores et déjà, et de toute façon, un sens pour mon existence.