Il est peut-être vrai que deux personnes dont les morales sont fort distinctes peuvent discuter éternellement sans parvenir à se mettre d’accord sur la valeur morale de tel ou tel acte que l’une juge être un bien et l’autre un mal. Cela au fond importe peu, car il est absolument certain que n’importe qui peut mettre fin à la discussion en les tuant tous deux. C’est très exactement cela, le mal pur. Un déchaînement de violence, qui supprime toute discussion possible, et jusqu’à l’auteur de la violence. Tant que deux personnes s’opposent, au fond, tout va bien. Le mal absolu, c’est quand tout le monde est mort. C’est ce mal absolu qui permet de mesurer tous les autres maux comme tels, comme autant de destructions partielles.

Tout détruire est le mal pur, la seule chose qu’il soit possible et nécessaire d’interdire absolument, c’est-à-dire universellement. Or le néant consiste précisément en un tel anéantissement, donc le néant est le mal. Nous ne voulons pas dire l’inverse, que le mal est le néant, comme si le mal n’était qu’un défaut de quelque Bien identifié à l’être, défaut qui le vouerait au non être. Nous voulons dire que le projet d’annihilation qui sous-tend la plupart des destructions massives, appelle nécessairement une condamnation universelle et absolue. Nous voulons dire que le néant et le mal sont tout à fait réels, et qu’ils sont, pour tous, la même chose.

Extrait des Invitations philosophiques à la pensée du rien, éd. Léo Scheer

manifeste minuscule

8 avril 2011

La philosophie a pour but l’impossible : passer de l’ignorance absolue à la certitude. Qu’est-ce qui est certain d’une chose quelconque ? Elle est puisqu’elle joue, est quelconque, change ou peut changer. Elle existe, puisque, issue d’un travail humain, elle suppose ou comporte du temps, et peut toujours, c’est-à-dire doit, cesser d’être. Elle s’imagine et se vit, puisque des mots pour la dire lui donnent un sens humain. Elle est réelle, enfin, puisque complexe, détaillée, indicible. Ainsi, ce qui est certain de n’importe quoi, quoi qu’il soit, c’est qu’il comporte du jeu, du temps, des mots, et tout le reste. C’est pourquoi l’être est jeu, le néant est temps, le monde est langage, et tout le reste est le réel. Si l’on veut, il suit de là que, quoi qu’il y ait, tout est rien, au sens où quoi que ce soit existe sans exister, puisque l’être demeure idéal, le néant destruction, le monde imaginaire et le réel absurde. Il suit aussi que l’existence est cette commune précarité qui nous allie aux choses, cette résistible fatalité qui relie les jeux du bien aux morts du mal, cette insurrection du sens dans l’infini silence.

le néant, c’est le mal

19 septembre 2010

Le néant est le mauvais rien, celui qui se détruit

détruire

19 septembre 2010

Détruire, c’est exister sans exister.

deux enfances

19 septembre 2010

Qu’est-ce, au fond, que le père Noël, sinon cette enfance extorquée aux uns pour être offerte aux autres ?