LA FEMME EST-ELLE UNE ARME DES FEMMES ?_______(Lire Balaert 3)
16 octobre 2011
Nietzsche compare la femme à un oignon : si on lui demande la vérité, elle minaude, se fait prier et finit par enlever une de ses nombreuses pelures. Qu’y a-t-il au centre de l’oignon ? Un mystère ? Un secret ? Rien, peut-être, nous ne pouvons savoir, dit-il, parce que nous ne savons pas ce que les femmes se disent entre elles. Mais une femme, Ella Balaert, pour écrire Pseudo, a été obligée de lever un coin du voile, car elle nous montre trois femmes qui parlent entre elles pour inventer une femme, afin de séduire un Monsieur par mail. Nous avons donc les minutes de leurs discussions stratégiques, entres femmes, pour jouer La femme.
Car si la femme n’existe pas, comme nous le savons depuis Lacan, cela empêche-t-il de la créer, puis de la jouer, comme font les femmes ? Mais si les hommes croient en La femme, tandis que les femmes en jouent, La femme est une arme, une des seules peut-être, mais non des moindres, de ce sexe que l’on a longtemps dit beau et faible. L’ « éternel féminin », « l’ingénuité », « la femme fatale », « la sincérité », tous ces mythes sont-il autant de « coups » des femmes ?
Voici, pour en juger, trois petites phrases de Pseudo. Dans les deux premières, les femmes parlent entre elles, dans la troisième, c’est Eva qui parle, la femme fictive qu’elles jouent tour à tour.
« Tu veux qu’on la joue éternel féminin ? »
« S’il te plaît, ne nous fais pas le coup de la sincérité. Qui suis-je au fond, le sais-je moi-même etc. Non, par pitié ! »
« Je ne suis pas la femme mystérieuse que vous dîtes. Je suis une petite personne tout simple.»
En savoir plus sur Ella Balaert:
http://ellabalaert.wordpress.com/ http://fr-fr.facebook.com/people/Ella-Balaert/
Ni sujets ni objets : nous sommes des trajets
26 juin 2011
Le deuxième effet de la théorie des trajectoires est de nous redéfinir : nous ne sommes peut-être ni sujets ni objets, mais trajets ; non pas des êtres de passage, mais plus profondément les êtres du passage, comme les agents d’un passage du monde en son entier. Plus encore que passer: être le passage. Autant dire, si nous sommes le passage, que nous sommes le temps. On voit bien que l’espace et le temps se construisent à partie de la trajectoire, et non pas l’inverse. Il suffit pour cela de cesser de privilégier la vitesse : le repos, le sommeil, font partie de la trajectoire. Descartes déjà, parlait d’un marin qui s’endort dans un port et se réveille dans un autre : sa nuit a été immobile et pourtant trajectoire.
Tout est trajectoire. Tout passe, le plus souvent en s’évitant. Dans une cour de maternelle, les enfants courent à toute vitesse, et ne se percutent quasiment jamais. Dans une ville, certains accidents se produisent mais incomparablement moins souvent qu’on ne pourrait le craindre. C’est un petit peu le contraire de ce que dit Epicure : des trajectoires ne produisent pas des chocs, et s’il fallait attendre un grand nombre de chocs pour que se produise un monde, l’idée de trajectoire conduit presque à penser qu’on aurait fort bien pu se passer de monde, ou que nous vivons dans quelque chose qui n’est pas un monde parce que le monde n’a tout simplement pas été créé. A nous donc, de passer, comme des sillages dans le rien.
Texte remanié , à partir du texte paru dans : Jean Paul Galibert, L’idée de ludique, Publie.net, cité en bibliographie
L’identitaire ( je suis le temps)
9 janvier 2011
Qu’est-ce donc que l’identitaire ? Un jeune musulman né à New York peut se vouloir, se sentir ou se croire plus musulman que son grand père demeuré en Iran. Aux natifs comme aux migrants, et a fortiori aux deuxièmes et troisièmes générations, qui sont les deux à la fois, la mondialisation impose à tout un chacun à redéfinir son identité, c’est-à-dire d’ inventer son passé. En ce sens, c’est tout autant leur avenir qu’ils écrivent, en croyant revenir aux sources qu’ils inventent, ou que l’on réécrit pour eux. Mais qu’est-ce que mon identité, sinon une fidélité de cet ordre, une sorte de conformité de mon présent, sinon de mon avenir, à mon passé ? Que je sois en tout et pour tout cette identité, c’est cela le présent, et peut-être même l’essence. Nous n’avons aucune autre identité que celle du passé et de l’avenir. Le temps est un mythe, et ce mythe c’est moi.