Une équipe de jeunes cinéastes vient de fomenter Vélodrome

Un court métrage de 9mn, avec une histoire simple mais diablement paradoxale,

sur les mystères de l’enfance, les temps étranges de l’amnésie et de l’éternité

En voici 36 sens possibles. Vous pouvez choisir, ou en trouver d’autres…

http://www.dailymotion.com/video/xpiu7l_velodrome_shortfilms

  1. Tout est vain.
  2. Vive Sisyphe !
  3. Tel père tel fils.
  4. Le destin balbutie.
  5. Vélodrome d’hiver.
  6. Le temps est une roue.
  7. L’éternel est un retour.
  8. Toute image est carnage.
  9. Il n’y a pas de belle ville.
  10. Ecrire condamne à revivre.
  11. Tout pouvoir est mortifère.
  12. La vie dure un quart d’heure.
  13. Chaque maison est sans issue.
  14. Sans les femmes, pas d’avenir.
  15. Il n’est jamais l’heure de goûter.
  16. Les portables ont pris le pouvoir.
  17. Nul ne peut rien pour quiconque.
  18. La plus haute vitesse est immobile.
  19. Revivre, tel est le souhait des morts.
  20. Sans Dieu, tous les paris sont perdants.
  21. Sans la mémoire, le temps serait cyclique.
  22. Entre jeunes et vieux, c’est la lutte à mort.
  23. Les grands événements inversent le temps.
  24. Le temps est un enfant qui joue au tric-trac.
  25. L’homme et l’enfant sont la même personne.
  26. Les immeubles triangulaires sont diaboliques.
  27. Les reflets multiplient les êtres sans nécessité.
  28. Il y a une seule histoire pour tous les hommes.
  29. La mémoire de l’objet tue la mémoire du sujet.
  30. Une organisation secrète punit les gens moraux.
  31. Le téléphone est œdipien, et l’amnésie, infantile.
  32. Naissance, mort: toutes les portes sont définitives.
  33. Les deux roues ont décidé d’attaquer les humains.
  34. Jamais la flèche en plein vol n’arrivera jusqu’à la cible.
  35. Une secte d’amnésiques recrute en organisant des accidents.
  36. Une simple panne de machine à café peut déclencher des désastres.

Tout, partout, joue à troubler les genres et les frontières, à franchir les limites, à mêler les contraires. Lorsqu’on voit se confondre animal et machine, beau et laid, catalogue et magazine, publicité et information, l’idée vient qu’il existe des objets entre les essences, des indécis. Ainsi la marque n’est pas un objet, pas un produit, pas un dieu : elle traverse tout cela ; elle est un trans-objet. Ses pratiquants ne s’adonnent pas plus à une entreprise qu’à une religion ou à un groupe d’opinion. Objets indécis, dont la nature semble précisément de périmer les frontières entre les anciennes natures.

Les images sont-elles des trans-objets ? L’image vient du miroir ou du lac. Marx disait « le corps de A est le miroir de la valeur de B ». Le miroir, comme le lac, accueille toute forme sans s’en laisser imposer aucune. Ils sont ces lieux informes, ces plans neutres ou l’image rebondit. L’écran est sans image. Ce qui contient tout n’est rien, sinon quelque pure possibilité quasiment sans limite.

Existe-t-il des objets dont la nature serait la fusion de deux autres ? Des coulis de nature. Des invasions, des confusions. Coûter aussi peu que l’un, rapporter autant que l’autre. Peut-il y avoir rentabilité sans cette duplicité, cette conature ? Tout objet rentable est nécessairement à la fois deux autres, dont il n’est pas plus l’un que l’autre, étant tout entier jeu sur leur différence. Voilà les nouveaux objets : des jeux sur des différences : tout écart peut être l’occasion d’un prélèvement de la différence.

L’idée d’un lien direct possible entre l’hypercapitalisme, le point de vue ludique et le rien: définir le jeu comme un rien rentable. Le rien était défini comme existence et non existence. Il permet dés lors à un bon joueur de cumuler les avantages de l’existence et de la non existence, pour peu qu’un autre, le perdant, cumule les inconvénients des deux états. Jouer gagnant, c’est cumuler les avantages de deux états contraires, jouer perdant, c’est à l’inverse en cumuler les incommodités.

La métaphysique du rien est la tragédie des contradictions

entre  en haut l’être, à gauche le réel

à droite  le monde

et en bas le

néant.

Chacun est pur, entier

tel un principe unique et exclusif.

Vive est la lutte entre le bien et le mal, impitoyable,

car l’extermination oblige à l’utopie et condamne  à la guerre.

 

L’ontologie

du quelque chose

est le jeu des mutations

entre en haut, le sens, à gauche,

l’infini, à droite, la chose, et en bas,

le vide. Chacune est mille choses,

et toutes, au fond, sont l’infini

Multiplicités en mutations

Complicités en libre jeu

Sens des différences

la paix

La logique du pire

13 mai 2011

Seul le fascisme est haïssable, car il décrète l’interdiction de la contradiction. Il impose une pensée uniforme à un monde uniforme, vouant une même haine à la différence, au débat, et à toute latence. Comme il ne conçoit que le pouvoir comme relation entre deux choses, il croit que tout se produit dans l’instant mécanique d’une obéissance absolue à un commandement. Son principe est un commandement. Il règne comme un tyran. Il s’empare des choses pour les faire dépendre d’une multitude de petits chefs, comme si l’entrechoc des boules de billards se résumait à une série d’ordres sitôt donnés sitôt exécutés. Si l’on veut cesser de militariser le monde, cesser de confondre raison et hiérarchie, il faut comprendre que la vraie cause est la contradiction.

Rien n’est donc pire, pour la pensée que l’interdiction de la contradiction. Ce prétendu principe, dès qu’on l’admet, est aussi illégitime que fatal. Comment croire un instant que le réel puisse être tenu d’obéir à une loi de la raison ? Dirons nous que les contraires doivent cesser d’exister parce qu’ils contreviennent à la forme de notre esprit ? Comment ne pas sentir ici la négation nauséabonde de tout ce qui dépasse ? Je puis toujours dire à celui dont le nom ne figure pas sur la liste qu’il n’existe pas. Et s’il proteste, je puis encore le tuer pour avoir enfin raison.

Cessons donc de confondre le néant avec la contradiction, qui est le jeu même de l’existence. Aucun contraire n’a jamais rien détruit, bien au contraire. C’est le contraire qui fait être. C’est lui qui crée et entretient. Robbe-Grillet expliquait son improbable réussite par l’action inlassable, le concours sans défaut, de critiques mal intentionnés : il a eu d’excellents ennemis.

Exister par la contradiction, entretenir par la critique, bâtir la cité sur une lutte à la fois respectueuse et sans faille, fonder la communauté sur le désaccord perpétuel, sans compromis ni concession, tel est l’esprit de la démocratie. Elle est bien plus qu’un beau risque à courir, puisqu’il n’y a aucune autre manière de vivre ensemble : exister, c’est coexister, faire du conflit la condition de la communauté. L’adversaire est un besoin du débat, de la pensée et de la vie. La démocratie est un jeu politique : la réalité du combat renforce la réalité de la connivence, au lieu de l’entamer.