INVITATION : Baal, de Bertolt Brecht
15 mai 2012
La Compagnie L’âme d’un sot est heureuse de vous inviter à son spectacle : Baal, de Bertolt Brecht.
Quand Brecht écrit Baal pour la première fois, il a vingt ans : son Baal est un héros romantique, présenté comme l’archétype du poète maudit en révolte contre la société, dont le destin tragique est inspiré des grandes figures lyriques telles que Villon, Verlaine ou Rimbaud.
Quand il reprend cette pièce pour la cinquième et dernière fois, il est à l’aube de la mort et réinvente un Baal décadent, homme aux mille excès, qui dévore les femmes comme il s’empiffre de nourriture, s’abrutissant de poésie et d’alcool.
D’une époque à l’autre, la pièce retrace l’évolution de deux poètes, celle de Baal, envers qui notre admiration se mue peu à peu en dégoût, et celle de Brecht lui-même, qui au terme de sa carrière met le coup de grâce au romantisme qui avait exalté ses débuts.
TROIS REPRESENTATIONS : le mercredi 23 mai à 20h & les jeudi 24 et vendredi 25 mai à 20h30
Théâtre de l’ENS, 45 rue d’Ulm Durée approximative : 1h45 Participation aux frais : 3€
Merci de confirmer votre venue par mail, à l’adresse chloe.galibertlaine@gmail.com, en indiquant la date de la représentation et le nombre de places que vous souhaitez réserver !
Avec: Charlotte Dafol, Camille Dagen, Justine Sisman, Célia Le Blainvaux, Juliette Gazet, Joséphine Hurtut, Mélodie Cholmé, Marie Villiers-Moriamé et Yannick Barne, Jérémy Fantin, Clément Van-Hamme, Théis Bazin, Valère Vanier, Pierre Maffre, Olivier Hercend
Mise en scène: Chloé Galibert-Laîné
Musique: Clément Di Mascio
Scénographie: Sarah Schneider
La réduction métaphysique débuta comme une conséquence paradoxale de la réduction géotechnique. La conquête du monde connu exige des appareils d’exploration comme la lunette ou la loupe, qui vont en dévoiler l’immensité. Alors, l’homme mesure sa misère dans la double immensité de l’espace, infini en grandeur comme en petitesse. Faut-il s’étonner qu’un des rares écrits de Pascal soit un Traité du vide ? La métaphysique classique mesure la rareté de la pensée dans l’étendue. En ce sens, même et surtout lorsqu’elle proclame que tout est plein, elle dessine toujours en creux comme un espace désespérément vide, autour des rares points où un esprit pense. Quoi de réel hors de ce point de temps, piqué au hasard dans une étendue au fond vide et absurde ? La vie est un songe. Le monde est une fable. L’esprit, quittant l’espace comme on fuit un néant, se réfugie dans le temps.
INEXISTENCE 1 : La chose s’en va.
23 février 2012
Les choses existent-elles encore, ou bien ont-elles déjà disparu ?
Dans certains cas, comme l’éducation, la psychologie, les soins de santé, un travail ne serait efficace (ou rentable) que s’il échoue, en sorte de rendre le client, ou le patient plus dépendant d’un service plus régulier. Telle serait la différence entre la marchandise et le service. Celui qui achète une marchandise part avec, et la consomme : il aurait tout d’un coup. Celui qui achète un service s’abonne en sorte qu’il paye régulièrement un quelque chose qu’il n’aura jamais tout entier.
Un service, ce serait une marchandise infinie, livrée pièce par pièce. Acheter un service ; ce serait payer toujours pour n’avoir finalement jamais. L’objet devient une collection à jamais incomplète, comme la santé, l’information ou la culture, des idéaux inaccessibles.
Les nouvelles choses sont à l’horizon : nous les longeons comme un rivage, comme un infiniment rien.
LA JOIE EST LE PLAISIR DE L’ANGOISSE (Ontologie négative 11)
1 octobre 2011
Heidegger définissait l’angoisse comme une conscience du rien. Mais la joie aussi est une conscience du rien, et la même. Car la joie est le plaisir pris à l’angoisse elle-même.
C’est cette joie entrevue qui nous permet d’oser faire à la question métaphysique la réponse impossible, celle que tout le monde évite, parce qu’elle semble aussi impensable qu’invivable : Il y a rien, plutôt que quelque chose. En fait, nous ne nous posons cette question que parce que nous savons bien qu’il n’y a rien, puisque nous sentons, malgré toutes nos précautions, malgré toutes nos prétentions, que nous ne sommes rien, ou si peu, et qu’il n’y a guère davantage autour de nous. Il ne s‘agit pas de postuler notre inexistence, mais de reconnaître qu’exister n’a jamais empêché d’inexister, et qu’aucune plénitude ne nous dispensera de notre vacuité.
Mais, pour la première fois peut-être, c’est une bonne nouvelle, puisque la philosophie du rien permet de faire de cette finitude radicale la condition la plus expresse d’un bonheur nouveau. Car si tout n’est rien, comme elle l’enseigne, c’est par le rien que nous nous entendons avec chaque chose, et que nous trouvons notre place dans le monde. Voilà comment s’explique enfin notre immense sentiment d’apaisement en ces lieux de mer, de montagne, de sacré ou de désert, où l’on ne fait jamais l’expérience que du silence, de l’absence et de la vacuité.
ALLEGRESSE ET VACUITE (Ontologie négative 10)
28 septembre 2011
Si l’angoisse et le bonheur sont les deux faces d’un même trouble, ne risquons-nous pas de perdre, avec l’angoisse, toute possibilité de bonheur? Le bonheur est-il tranquillité, ataraxie, ou au contraire inquiétude ? Pourquoi les paysages les plus beaux sont-ils les plus vides, ceux où l’infini est à perte de vue le plus désert ? Parce que l’infinité du monde rejoint ma propre finitude en un sentiment d’égale vacuité. Notre condition, être rien, trouve alors dans le vide universel le cadre le plus chaleureux, et la réponse la plus complice. Etre rien cesse d’être un fardeau quand tout n’est rien, quand il n’y a rien. Le bonheur que l’on trouve au plus près de l’angoisse est une telle joie du vide.