L’air est le bord de tout, la forme de toute forme
12 octobre 2010
Prenez une côte turque déchiquetée à souhait, les petits cubes blanchis d’une colonie grecque, comme ces îles que l’on pressent au loin dans la brume et la mer alanguie ; Comment dire en un mot tout cela ? Comment penser l’unité souterraine, souveraine de toutes ces choses écrasées de lumière ? Il faudrait déceler comme un fluide qui relierait toutes les choses, qui aurait avec chacune comme un bord commun, une chose immense et si plastique qu’elle ferait tout doucement le tour de chaque chose. Cette chose existe et partout on la voit sans la voir : c’est l’air, la découverte d’Anaximène.
La plasticité a-t-elle été entrevue six siècles avant notre ère ? Anaximène a-t-il aperçu dans l’air le plus immense, le plus souple, le plus mobile et polymorphe des objets plastiques ? Cet air ambiant, qui ourle toute chose et baigne tout contour, Anaximène l’a-t-il pensé comme l’envers du monde, comme le fond sans fin de toute perception, ou comme le visuel même qui arrondit tout le visible?
Jean-paul Galibert, incipit remanié de “ Naissance de la plasticité ? L’air d’Anaximène ”, in Plastir, texte en ligne.
Philosophie de l’horizon
23 septembre 2010
L’horizon est à la fois courbe et bord. Forme plastique de la limite de l’air, il est la forme des formes, la forme où toutes les formes se produisent et s’ajointent. Toutes les choses sont prises dans un bain d’air, comme une empreinte. Tout n’a qu’un bord avec l’air, et ce bord est horizon. C’est comme si la mort, toujours, venait nous border, comme toute chose.
Extrait de « le bord de la solitude », conférence de 2009, en ligne le site des « Conserveries Mémorielles »