L’envie est le contraire du désir

De quoi avoir envie ? Le nom lui-même l’indique : toute envie veut être en vie. Tout comme tout désir est désir d’exister, on n’éprouve jamais d’envie qu’à l’endroit de la vie dont on est privé. L’envie consiste à croire l’autre vivant. A croire en l’autre la vie que l’on n’a pas en soi.

A l’heure de l’hypercapitalisme, qui nous fait imaginer bien plus que consommer, il est hautement rentable de me maintenir au bord du désir, c’est-à-dire dans l’état d’envie. Car un désir est toujours capable d’exiger et d’obtenir satisfaction, tandis que l’envie se contente du bord de la vie qui passe. La frustration devient le plaisir même. On finit par rêver d’une vie qui n’est que le rêve d’une vie. D’une vie qui consiste à regarder la vie à la télé. A croiser dans les autres toutes les choses que je n’ai pu acheter, tous les gestes que je n’ai pu apprendre, et toutes les paroles que je ne saurais dire.

Dans l’envie, chacun trouve dans chaque autre son avenir à l’état mort. L’envie, c’est du regret, du fétide. Mon avenir pourrit lentement, mais il n’est plus le mien, il n’est même plus possible, mais me fascine encore. La montre que j’aurais pu acheter ; la voiture, la maison que je n’aurai jamais. Cet être que je croise et qui s’évanouit avec tous ses possibles, dont aucun n’est mien, mais qui tous m’enterrent.

L’envie est le contraire du désir : c’est une joie d’être mort, et de subsister comme un revenant, ces fantômes familiers qui semblent se contenter de venir voir les hommes vivre.

Envier, c’est vouloir être en vie ; c’est être mort, et hanter la vie des autres.  Au lieu de désirer, et de vouloir l’existence, nous pouvons toujours envier, nous complaire dans l’inexistence que chaque être nous dispense. C’est un suicide à petit feu, où l’on reste vivant pour jouir plus perpétuellement de notre mise à mort.

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21 réflexions sur “L’envie est le contraire du désir

  1. Bonsoir Jean-Paul,

    L’ en-dire dévie… l’ envie du désir ! (comprenne qui pourra, que pourra !).

    Combien de nos con-citoyens n’ ont plus qu’ un ersatz d’ envie d’ un soupçon de désir. dans leur quotidien ?
    Des morts vivants ? Non, des vivants morts !

    La vie mord bien plus les Hommes qu’ ils ne la mordent.

    Je te souhaite un bon appétit de désir.

    Chriss

  2. Profound article that made me think in 3 languages:
    français: le désir et l’envie
    english: want and desire
    nederlands: goesting en verlangen
    and in all three languages, althoug there is an overlap, things are semantically different …
    intersting stuff

  3. J’aime beaucoup votre forme d’esprit. « L’envie est le contraire du désir » La maxime parait évidente. C’est pourquoi il y quelque chose d’insupportable dans les appels incessants des bonimenteurs du marketing. Peut-être, nous faut-il juste adapter nos désirs à leurs vraies valeurs. . Le sacrifice n’existe que dans l’endroit où l’individu pense qu’il est attaché…..Merci……. Amicalement Bruno

  4. Je suis naïve sans doute, mais il me semble que l’homme n’étant pas un ange, il est à peu près impossible de le débarrasser de ses envies. Et peut-être ce sentiment de frustration, si habilement exploité par certains, est-il pour d’autres, un moteur, pour progresser, évoluer ? Les processus qui nous meuvent sont si complexes parfois ! J’ai tendance à ne guère partager ( par ignorance, sans aucun doute) ces visions de l’homme comme portant dans sa calebasse des choses qui ne peuvent que lui être néfastes en absolu ). Pour moi, les deux, désir et envie, font donc intégralement partie de l’être humain, ce qui change est la capacité et surtout la volonté de les satisfaire, ou non, et d’accepter leur irrationalité …bref, de tenter de garder les rênes dans sa main ! Comme tous les gourmands (au sens large du terme), je sais donc que la satiété n’est pas la bonne solution, non plus qu’une frustration éternelle…  !

  5. Envie ou désir…je fais la différence.

    Une envie est un état éphémère. Je peux avoir envie d’un morceau de choc, ou envie de voir un film, de m’acheter un truc complètement stupide.

    Un désir, c’est plutôt l’excitation, une convoitise de ce qu’on n’a pas. On rentre dans un état de transe et notre mental est perturbé par l’objet de notre désir. L’impatience en devient douloureuse, même, mais c’est un sentiment qui est merveilleux, quelque part. Un fois l’objet de notre désir obtenu, nous en sommes déçus, voire en quête d’un autre désir…pour se sentir vivre ou donner un sens à sa vie.

    Ne pas avoir d’envie ni de désir, c’est le moment où l’on est vraiment en vie. Car nous sommes dans le présent et nous en profitons. Notre mental n’est plus occupé à vouloir quelque chose qu’on a pas, mais regarde autour de lui tout ce qu’on a…sans avoir la sensation de faire le moindre sacrifice…

    Gene

  6. Il fallait aussi la vérsion italienne de ce duo inlassable : « desiderio e voglia ».
    Pour un lecteur de Fernando Pessoa comme moi, qui apprend peu à peu à descendre dans les spirales tordues de la pensée de Bernardo Soares, je ne peux que me réjouir de la profondeur de ces pensées, fortes mais véraces.
    Bravo !

  7. L’article se termine sur un ton plutôt lugubre et pessimiste…
    J’ai pour ma part un problème avec le mot « désir » car j’y vois toujours le désir de posséder qui est tout sauf du non-attachement.
    Par ailleurs, il me semble qu’il faudrait aussi aller voir du côté de nos besoins. Lorsque j’ai envie de quelque chose ou de quelqu’un, c’est sans nul doute pour satisfaire plusieurs besoins. Je veux parler ici, évidemment, de nos véritables besoins, qu’il soient de base ou non, et non pas ceux que nous invente et nous « imposent en douceur » la société d’hyper-consommation….
    Connaître nos besoins, les reconnaître et nous en occuper nous-mêmes ou avec l’aide d’autrui, ne serait-ce pas là notre responsabilité d’être « vivant » ? Et une voie vers la libération de nos frustrations et de nos peurs ?

  8. L’envie, c’est le contraire de la vie.
    L’envie, c’est le reflet dans une glace de la mort.

    Il y a les guerres pour s’approprier les terres, les biens d’autrui par envie.

    Il y a les massacres de vies, juste par envie d’obtenir ce que l’on ne dispose pas, pour voler ce que l’on ne possède pas.

    Tout comme les guerres de religion, l’envie donne le droit de s’approprier la pensée d’autrui, sa liberté de penser.

    L’envie, c’est de s’approprier l’essence de l’autre, sa liberté, son autonomie, son intimité et ses richesses aussi.
    Enfin c’est tout ce que l’on ne détient pas, et que l’on veut s’emparer, posséder, par envie.

    L’envie, c’est le contraire du respect.
    L’envie, c’est le contraire de joie.

  9. L’envie c’est déjà partir du principe que le bonheur ne provient que de l’extérieur (des objets, des circonstances, des autres). Si l’on suit la tradition hindoue ou bouddhiste, c’est là que se situe l’erreur fondamentale. Notre quête constante du bonheur est dirigée dans la mauvaise direction, vers l’extérieur au lieu de l’intérieur (de notre être)…

  10. Et oui les désirs sont comme des entractes avant de passer à l’acte , donc je confirme aussi mieux vaut se cantonner dans des envies sans engager des conséquences que l’on pourrait regretter…

  11. Bonjour – je n’avais jamais vu l’envie sous ce jour là………….
    C’est vraiment une surprise totale mais la langue française prête a tellement d’interprétation…..
    Alors je continue à réfléchir à tout cela

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