Le déni d’existence (et la mort du respect)

Suicide et sacrifice vient de paraître, en voici un extrait:

"Pour atteindre l’inexistence, commencez par nier les autres. Renoncez d’abord à toute politesse. Arrêtez d’admettre l’existence des autres dans l’espoir stupide qu’ils en fassent autant. Faites comme s’ils n’existaient pas. Ne souriez pas, ne dites pas bonjour, ne parlez pas aux inconnus. Ne cédez pas votre place à une personne âgée, ou enceinte : elle peut toujours crever.

La règle est simple ; faites comme si les autres étaient morts. Remplacez la politesse par son contraire : le déni d’existence. Vous d’abord, l’autre après : passez devant lui, sur lui, au travers de lui, comme s’il n’était pas là, comme s’il n’était plus là, comme s’il était déjà mort. Ne baissez pas la voix pour téléphoner en public : vous êtes seul. Les autres ne peuvent pas entendre, ils n’existent pas. Ne baissez pas le volume de la musique, même en public, même en pleine nuit, les autres n’ont pas plus de droits que des cadavres que rien ne saurait plus déranger.

Ne partagez plus rien. Ne dites plus merci, ne lavez plus votre verre, ne partagez pas l’espace, ni le temps, ni le pain. Ne franchissez plus les quelques mètres qui vous séparent de la poubelle ; jetez là où vous êtes, comme dans un monde détruit par quelque catastrophe dont vous seriez l’unique survivant. Traitez les autres en morts, ils vous le rendront bien. Chacun fera comme vous. Chacun poussera chacun vers la mort."

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33 réflexions sur “Le déni d’existence (et la mort du respect)

  1. L’espérance n’est possible qu’a celui qui a vu pleinement l’ampleur du mal. Ici la souffrance touche d’une manière ou d’une autre l’effroi du mal………….Merci pour tous ces magnifiques textes qui n’évoquent pas les bisounours, mais plutôt le monde de la réalité.

  2. Questo atteggiamento di silenzio dissoluto, così potente da escludere senza veramente -togliere- è peggiore della morte stessa se la morte non è vista come liberazione dalla vita-non-vita

    This attitude of silence dissolute, so powerful as to exclude without really-remove- is worse than death itself if death is not seen as liberation from life is not life

  3. Bonjour,
    je suis tombée par hasard sur votre petit essai dans une belle librairie place du Palais Royal. Formidable! Les descriptions sont tellement poussées qu’elles en deviennent drôles, comme celle du corps amené dans ses retranchements dont l’unique possibilité serait de "vibrer" sur place, ou celle que vous reprenez ci-dessus "faites comme si les autres étaient morts" "ne baissez pas la voix"… Il y a tellement de vrai là-dedans. Au fond, c’est tout sauf risible. Mais vous savez ouvrir ces "vérités" à une véritable discussion il me semble, peut-être peut-on encore croire aux pouvoirs de l’imagination à s’insurger face au réel, lorsque ce pouvoir d’images se fait action, pensée, "vérité du véritable"; je suis en train de lire quelques autres ouvrages qui entrent en résonance avec vos propos, auxquels vos propos répondent… Tout à fait intéressant.
    Merci

  4. A reblogué ceci sur Ex Mente Orbis and commented:
    La familiarité persistante de l’impression d’inexister pour une partie non négligeable de la population qui nous entoure (et de gens qu’on connaît personnellement aussi…) en quelques mots choisis; comment l’irrespect n’est que cela, au fond: le déni par l’autre d’exister. Faites suivre, je vous y encourage… des fois que cela ferait du bruit.

  5. "Traitez les autres en morts, ils vous le rendront bien…" tellement bien que nous ne serons parvenu à nier que cette part de Nous présente dans l’Autre nous laissant dans un tête à tête solitaire et de plus en plus assourdissant?

  6. Est-il possible de commander cet ouvrage en ePub, et à quel prix ? Ou bien votre éditeur accepterait-il de me laisser l’encoder moyennant un ou deux exemplaires en papier ? Ce livre semble mériter une bonne petite célébrité.

  7. Slt Jean-Paul,

    Ce constat de la société -je le prend comme tel- m’ effraie…

    Une question me taraude subitement: que dois-je entendre par "57 bloggers like this." ?

    Cordialement

  8. Plus rien à dire. Je suis aussi mort que notre monde !
    Je ne peux vous souhaiter que le meilleur box office pour votre livre… Au plaisir de vous lire.

  9. étrangement, cette notion d’inexistence des autres me poursuit depuis belle lurette. Sans être mégalomane ou prétentieux au delà du réel, j’ai la nette impression que peu de gens "existent" réellement.

    Certains sages orientaux tel Ramana Maharshi, ayant transcendé l’ego et ses turpitudes disent la même chose que vous, à la différence qu’il y a ni ostentaion à ignorer l’autre, ni mépris. Quand on est pas né, on n’existe pas, tout simplement. Ce ne sont que des certitudes ridicules qui téléguident tous ces morts vivants, alors à quoi bon s’y intéresser, les voir ne serait-ce que.

    A partir de là on s’en fout, quelle importance d’être méprisé, voire haï par quelqu’un qui n’existe pas à vos yeux ? Effectivement comme vous le dites, les gens vous le rendront bien, et après !

    Cette attitude est tout de même fortement déconseillée si on déteste la solitude…

  10. Vous dénoncez très bien la banalité de l’inexistence au quotidien à travers ces petits meurtres ordinaires que véhiculent des comportements déniant l’existence des autres. Ce qui me rappelle un ouvrage d’ "Eric-Emmanuel Schmitt", "La secte des égoïstes". Ou comment pousser la satire à l’extrême.

  11. Ça ferait un bon scénario de Théâtre , l’idée est intéressante pour montrer l’envers d’un décor trompeur. Je sais pertinemment, que j’aimerais pas vivre dans ce genre de monde , même si je sais qu’il est profondément égoïste . Il y a peu d’humanité en comparaison de ce que vous écrivez et qui peut se retrouver dans la vie de nombreux individus ….

  12. Pingback: Le déni d’existence (et la mort du respect)

  13. Je suis bien d’accord sauf que le monde est déjà un théâtre et chacun s’est vu confier un rôle dans la pièce ; dans une bonne pièce, il y a certes des jeunes premiers, mais aussi des pauvres et des seconds rôles. Quel que soit le rôle qui est le nôtre, nous n’avons qu’à nous soucier de bien le jouer……………….Amicalement Bruno

  14. Mais quels excellents conseils ! c’est la 1ère fois que je les lis, mais mes voisins doivent les avoir appris par coeur ;) ! Quant à moi, je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas vraiment l’intention de les suivre…. ;)

  15. la lumière et son contraire; la vie et son contraire; le blanc et son contraire…l’un n’existe pas sans l’autre. Cette chère interdépendance a de l’avenir ;-) A nous de choisir de quel côté on est…ce qui nous plait…ce qui nous fait résonner…ce qui nous fait du bien…
    Dans le bouddhisme, il est dit que la sagesse autrement dit la connaissance est indispensable pour vivre. Alors votre description est plutôt fabuleuse pour savoir que certains comportements peuvent nous conduire à notre perte. Le voulons nous? Que voulons nous au juste?
    Au plaisir de vous lire

  16. "la lumière et son contraire; la vie et son contraire; le blanc et son contraire…l’un n’existe pas sans l’autre."
    ¡Cuánta razón tiene Usted!
    Voy manejando en la carretera unos minutos después de ponerse el Sol. Enciendo los faros, pero no sirven de mucho. Tengo que disminuir la velocidad y abrir mis ojos al máximo. Pero algunos minutos después —Cuando la oscuridad es absoluta— los faros se vuelven tan brillantes que la claridad en el camino es total.

  17. A la lecture de votre article, une phrase de Baudelaire, que j’ai depuis longtemps fait mienne, me revient à l’esprit : "Ce monde a acquis une épaisseur de vulgarité qui donne au mépris de l’homme spirituel la violence d’une passion." Et il ajoute : "Mais il est des carapaces heureuses que le poison lui-même n’atteint pas." (préface des "Fleurs")
    C’était il y a plus de 150 ans!

  18. Le deni d’inexistence ou le l’égoïsme de l’existence est un nombrilisme incarné d’un monde quasiment mort. Le vivant de proximité est une négation non partagée de l’occupant vital.

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