Nous ne protesterons jamais assez contre cette idée qui fait du temps un caveau, quelque dieu dévorant ses enfants. La seule dévoration est le fait du capital et le temps, loin d’en être l’auteur en est la victime : le capital, pour vivre, ingère d’immenses quantités de temps humain. Le temps est, au contraire, le principe producteur que l’on exploite parce qu’il est toujours susceptible de produire autre chose.
Aristote a donc eu tort de dire le temps destructeur. Comme Souvent, Platon a raison contre Aristote. Je ne sais s’il faut dire avec lui que le temps est une image mobile de l’éternité ; mais je crois fort riche et fort sensé d’envisager le temps comme imaginaire, mouvant, et de ce fait plus long que l’éternité. L’erreur initiale est minime : au lieu de voir le temps comme un mouvement du nombre, Aristote le définit comme un « nombre du mouvement ». Ce père de l’économie voulait-il, avec des siècles d’avance, un temps de travail sécable, vendable, exploitable ? Pourquoi insiste-il à ce point sur la possibilité de découper la continuité du mouvement ? Pourquoi veut-il si fort que le temps puisse être nombré ? Pouvait-il ignorer que le nombre est la mort du temps ? Nullement. Aristote hait le temps. Son seul but est de s’allier avec le nombre pour tuer le temps. Pourquoi, au fond ? Parce qu’Aristote demeure comme fasciné par sa terrible image d’un temps destructeur. Il ne voit pas que c’est son insistance même pour que le nombre s’impose au temps qui détruit tout. La peur et la haine ont empêché Aristote de voir que le temps est exactement le contraire de ce qu’il dit : le temps est producteur.
Il faut même dire que, comme temps humain, et au sens d’une production perpétuelle, le temps est la production. Le temps, c’est le temps de l’homme, et l’homme, au moins par sa pensée, produit tout le temps. De ces créations perpétuelles résulte ce fait global que le temps est producteur en lui-même, au sein même du passage d’un instant à l’autre.
Dévorons le temps avant qu’il ne nous mange.
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It takes time but it is worth it!
le temps comme grande matrice créatrice , quel beau texte !
Grand merci!
Eh oui, vous avez bien raison ! Le temps est une des grandes productions humaines qui se confond tant avec son créateur que ce dernier en arrive à douter, à nier en ce rapport tant nous sommes aliénés à lui.
Mais s’en désalièner ne serait-il pas conquérir une grande liberté source d’un vertige insupportable ?
Mais quelles chaînes préfèreriez-vous à ce vertige?
merci pour cette agréable lecture ce que je retiens et qui me convient:Le temps, c’est le temps de l’homme, et l’homme, au moins par sa pensée, produit tout le temps. De ces créations perpétuelles résulte ce fait global que le temps est producteur en lui-même….
Ensuite tuer le temps c’est tuer la vie et chaque seconde de ma vie a son importance je ne passe pas à côté du temps je le savoure puisque je suis vivante.
bon temps, donc
de création…
sourire et merci.La création est en nous mais je ne me sens pas apte à faire de belles créations .je m’amuse tout simplement et je laisse les mots,les pensées non analysés ..A l’état brut un peu comme le Douanier Rousseau avec sa peinture ..libre est vive est ma pensée..Si elle plait tant mieux et si ce n’est pas le cas je me serai fait plaisir.Bonne fin de soirée:)
« Il ne voit pas que c’est son insistance même pour que le nombre s’impose au temps qui détruit tout. La peur et la haine ont empêché Aristote de voir que le temps est exactement le contraire de ce qu’il dit : le temps est producteur. »
On pense à l’expression populaire « tuer le temps … ». Mais parce que le temps est naturellement producteur, il fut pris en otage, fers aux mains, fers aux pieds, par ce qui est artificiellement producteur. Mais comme dirait l’autre : Ils font beaucoup de bruit mais «ils me la font plus» (du moins est-ce un doux souhait qui sent le vrai temps, comme une brise très douce et jamais morte, que l’artifice ne peut saisir – d’où ses colères et ses grands airs – parce que cette brise est vraie …)
(Un billet fécond, comme la plupart du temps
Merci à vous…
Merci pour cet article..
Dans son livre "Temps, Travail et Domination Sociale", Moishe Postone consacre un chapitre entier sur le "temps" à travers la société capitaliste. Le temps n’a pas toujours été celui que nous connaissons, c’est à dire une échelle statique, segmenté en heures, minutes et secondes. Le temps au Moyen-Age, par exemple, était un temps dont la durée des heures variait en fonction de la saison, des activités diurnes ou nocturnes; C’était un temps relatif, dynamique et surtout une puissance que l’Homme respectait. Aujourd’hui, le temps est devenu un outil, un moyen par lequel la domination sociale, la servitude, en un mot l’esclavage, se sont généralisés, permuttant un monde d’êtres vivants en un monde de marchandises mortes, inertes, dictant sa valeur au gré des marchés financiers. Le temps d’aujourd’hui est avant tout un temps segmenté, capitaliste, sans rapport avec le "temps naturel", les cycles de la nature et encore moins avec ceux de l’être humain.
Le livre de Landes "L’heure qu’il est…" est une référence sur le sujet. Le livre de Le Goff "Moen-Age: temps de l’Eglise, temps marchand" est une belle épopée à travers la perception du temps avant l’ère capitaliste..
Bonne journée !
Grand merci pour ces références
je ne les connaissais pas toutes
Quoiqu’il en soit le temps arrive toujours sans attendre !
D’autant mieux qu’il n’est peut-être pas parti…
Bonjour
Très intéressant d’avoir dit que c’est le capital qui dévore et non le temps.
J’ai eu des difficultés à saisir la pensée d’Aristote sur le temps, donc je ne m’étendrai pas dessus. Cela me rappelle par contre un article que j’ai écrit il y a quelques années : http://voxjustitia.wordpress.com/2010/12/08/avec-le-temps/
Merci pour la référence, je vais lire ça.
A bientôt…
Reblogged this on CheckDatOut and commented:
Great text… Je crois que mon TOP 5 des blogs va vraiment changer le mois prochain ^^ (optional)
grand merci!
A bientôt…