Savez-vous faire du temps ? Bien sûr, c’est impossible. Mais si l’impossible était notre dernière chance?
15 février 2012
Le propre du temps, c’est l’avenir toujours possible, même si les unanimités de fait conspirent avec les bienséances pour en ridiculiser l’échéance. D’une seule voix, les évidences, des plus récentes aux plus rances, repoussent dans l’impossible et la fantaisie les propositions de réformes les plus raisonnables, celles qui sont à la fois les plus justes et les plus urgentes, les plus modérées et les plus nécessaires. L’utopiste dont on se moque n’a jamais qu’une idée, mais c’est un avenir. Rien n’est si gauche qu’un avenir. On dirait un présent débutant, novice. Mais le temps est l’ensemble de nos créations.
Cessons donc de voir le temps comme la digestion de quelque anthropophage. Ce n’est pas le caveau qu’il nous apporte, mais l’air que nous respirons. Le temps n’est pas un ventre, mais un vent. Un vent d’invention. L’éternité multiplie les chances: elle fait que rien n’est joué, même lorsqu’on le croit, puisque même après la fin de la partie, on peut encore en changer les règles. Etendue infinie de notre latitude de jeu. Jamais nous n’avons été si libres.
Il suit de là d’abord, que tout est possible, puisqu’il peut toujours se trouver quelqu’un qui le fasse. Ensuite, que tout est plus que possible, puisque tous les impossibles peuvent aussi survenir. Tout ce qui est rare semble impossible, même lorsqu’on l’a sous les yeux. Le jugement d’impossibilité n’est que la marque de notre étonnement. Plus qu’une contrariété dans le réel, il révèle la petitesse de notre routine et le bridage de notre imagination. Aussi l’utopiste, comme tous les autres créateurs doit-il vouloir les choses précisément parce qu’elles sont impossibles. L’impossible est le nouveau réel, le réel en gestation, ou nouveau-né. L’impossible est le bébé réel.