Connaissez-vous le grand piège à temps ?
12 février 2012
Tout homme sait que la pensée est le malheur auquel nul homme ne peut renoncer. Or c’est cela, le temps, cette naissance intérieure des possibles que l’on nomme la pensée. Car aussitôt, tout le reste est possible, depuis le simple refus jusqu’à l’insurrection. C’est la révolte qui révèle l’ordre établi comme politique, c’est-à-dire temporel. Jusque là il se prenait pour l’ordre éternel et immuable qui englobe sans changement le passé, le présent et l’avenir, puisqu’il n’est que la durée sans changement d’un présent perpétué. Le temps ne passe jamais sans quelque provocation. S’il s’obstine, il faut une révolution.
D’un coup d’un seul, le neuf, qu’il soit révolte ou création, révèle le pouvoir comme ce qu’il a toujours été : ce qui capte la durée de nos existences, la thésaurise contre nous. Ce grand prestidigitateur, ce multiplicateur de boites à prodiges, en est à nous vendre notre propre existence. Car nous vivons d’écrans, d’une vie quasiment imaginaire. Or c’est nous qui imaginons, et encore nous qui achetons tout ce qu’il nous fait miroiter. J’imagine en payant l’existence que j’ai perdue en travaillant. La vente de mon existence me rapporte de quoi en acheter l’image. Jamais on n’aura autant voulu perdre sa réalité.