Imaginez que le bateau se grave dans la mer. Que chaque corps, à chaque instant, laisse sa trace dans l’espace. C’est très fascinant, une trajectoire. Cette idée de trace, cette image de filaments, de silhouette profilée qui serait laissée indéfiniment derrière l’objet qui passe. Une sorte de sillage permanent, qui finirait par former des noeuds, des boucles, des cordes. Tout un entrelacs d’endroits où nous sommes passés. Quelle est la vie que dessine notre trajectoire ? Est-elle sage et régulière, comme une couture perpétuelle, ou aussi emmêlée qu’un fil jeté au hasard ? Est-elle pleine de sens, comme le tracé de l’écriture, ou comme un gribouillis sensible à tous les attracteurs étranges ?
Tout cela à la fois, sans doute, car le premier effet de la trajectoire est d’inverser l’espace temps. A première vue, la trajectoire suppose l’espace et le temps. A deuxième vue, c’est l’inverse : il faut redéfinir l’espace et le temps à partir de la trajectoire, parce que ce qui compte, c’est la trajectoire, car elle est notre histoire. Notre historique, presque, comme dans ces consultations Internet où l’historique conserve l’ordre des pages que nous avons visitées. Traces perpétuelles qui nous résument. Que sommes-nous d’autre que la série des places que nous avons occupées, la série des postures que nous avons prises, la série des phrases que nous avons dites, des images que nous avons vues, la série des propos que nous avons entendus ? Ma trajectoire est un nouvel espace-temps, également capable de situer tous les autres.
Texte paru dans: Jean Paul Galibert, L’idée de ludique, Publie.net, cité en bibliographie
Déjà que ma vie est un sac de noeuds… pffffff..:(
Mais au moins, nous laisserions des traces
Je vous suis à la trace !
Plus sérieusement, je suis fascinée par l’ambiguïté du temps et notamment le "futur antérieur", ce "future perfect" en anglais, qui rejoint à mes yeux un temps, une trajectoire qu’on pourrait apparenter au "virtuel"
Une notion aussi pertinente qu’embarassante:
de mon point de vue, elle n’est pas si aisée à situer
entre réel et monde,
et pourtant elle existe…
Ton texte résume parfaitement ma préoccupation picturale du moment… traces, sillons, rides, empreintes, sillages..écritures anciennes…
je suis ravi de ce concours de trajectoires.
Je crois que ce blog pourrait être
l’occasion de recenser de la sorte
un certain nombre de croisements
entre bien des démarches,
rencontrées au fil des commentaires;
à nous de voir ce qui peut être, à partir de là.
J’ai toujours aimé rêver à cette idée de "sillage permanent"…
Comme si nous sentions confusément
qu’il n’y a peut-être rien d’autre?
——————– voilà je passe et laisse un petit sillon et hop je repars………………………………………………;-)
Mais le petit sillon continue-t-il? tout est là…
Bonjour Jean Paul
Notre vie est pleine de trajectoires qui se croisent et se contredisent . La vie est faite d’erreurs de trajectoires que l’on rectifie en fonction de son instinct du moment , mais est-ce une nouvelle erreur ou la bonne trajectoire ? Nul ne le sait ! Il n’y a qu’à la fin de notre vie que l’on sait et encore !!
L’éventuel croisement de nos regards m’intéresse vivement alors s’il se fait jour, je laisserais trace.
je vais y songer, promis
A propos de trajectoire et parce que j’aimerais le point de vue d’un philosophe , je me permets exceptionnellement ce partage, en m’excusant de la liberté que je prends :
http://www.phedrienne.com/article-sociologiquement-barbare-77649429.html
Amicalement
Je crois que certaines personnes, j’en croise aussi,
sont littéralement accablées par la vie sociale imposée;
à la moindre perturbation, elles déraillent nettement
des procédures et routines en vigueur;
les conflits, si vifs et si ténus du métro en témoignent.
Donc, je parlerais plus d’anéantissement que de sauvagerie.
La barbarie est l’absence de civilisation,donc une forme d’anéantissement. Et j’ai eu l’impression que c’était justement un abus de procédure….bon, à mettre au passé pour regarder demain avec sérénité…merci…:)
C’est une belle idée, que vous développez-là. Que serait-ce si finalement le mouvement devenait corps, matière ? Si bouger, c’était créer une chose ? On pourrait avoir comme un début de réponse en songeant aux pas dans la neige. C’est d’ailleurs une expérience intéressante de s’apercevoir, et de savoir, que personne n’a marché à tel endroit depuis la dernière chute de neige, de savoir qu’aucun corps n’a traversé cette parcelle d’espace.
Mais une trajectoire conservée serait surtout une formidable école de responsabilité. On réfléchirait à deux fois avant d’entreprendre quoique ce soit. D’une certaine façon, c’est effrayant.
Je crois que vous avez raison en tout
et que c’est cela, vivre.
L’angoisse, afférente,
n’en est-elle pas le sel?
J’ai repensé, en vous lisant, à un livre d’Alain Jouffroy (qui s’était malheureusement "planté" au moment de la mise à l’encan de la "collection André Breton, en avril 2003, dans un article de "Libération"), intitulé Trajectoire.
Ce volume a une forme rectangulaire, oblongue, je devrais le retrouver, en cherchant bien, dans mes étagères.
C’est un nom programmatique.
On ignore souvent quel sera son aboutissement.
Votre "thème" de blog renvoie trop à mon choix (mais je n’ai pas cherché sa date d’origine)…
Merci pour la référence. Sarane alexandrian, par le biais de Supérieur inconnu, m’avait fait découvrir Alain Jouffroy, notamment sur le fil. Je lirais cela volontiers. Bien à vous.
Je pensais ne pas avoir d’impact sur quoi que ce soit. Je pensais avancer sans laisser d’empreinte assez importante que pour qu’on la remarque. L’impact, je le réservais aux choses qui ont un sens et je n’en ai pas.
L’histoire ou le relevé historique de la mémoire des ordi était surtout un moyen magique de voyager dans le temps, de revenir en arrière pour modifier éventuellement ma trajectoire. L’histoire me servait surtout à raconter le présent, à interroger le futur, à remalaxer le passé.
Penser pouvoir marquer le temps par l’un de mes gestes ne figurait pas sur ma liste de désirs ou d’envies, il faudrait que je sois convaincu d’avoir une quelconque importance. Il me faudrait abandonner le délice illusoire d’être un fantôme sans histoire.
L’idée qui devient geste, le geste qui trouve corps et le mouvement qui devient matière a été explorée et développée d’une autre manière par Jackson Pollock, c’est du moins ce que j’avais cru comprendre.
C’est cool, ici : des êtres vivants qui se répondent et s’entendent.
Un bel exemple de trajectoire, non?
L’important serait de voir s’unir des trajectoires individuelles, personnelles, faire corps et poids d’un même élan pour infléchir l’usage et le désusage du monde, rompre les paradigmes établis, et changer la trajectoire du monde.
Voir des éparpillés prendre le même chemin pour prendre soin des déshérités, voilà un sentier sur lequel je me perdrais volontiers…
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Merci pour votre petit mot. Quelques lettres vite tapées, un grand émoi… Merci.
Les branches d’une algue, le plus souvent, bifurquent
Mais si elles deviennent trop nombreuses,
elles peuvent se rejoindre et fusionner:
on appelle cela anastomose.
Bienvenue
Developpée (la théorie des traces et passages) déjà dans les années soixante par Christiane Rochefort qui se demandait (Les Stances à Sophie ) où passait la trace de l’aigle dans le ciel et celle de l’homme sur la femme. On aimerait aussi retrouver la trace des jours.
Merci pour les Stances à Sophie.
Je me suis demandé si la trace des jours
n’était pas la poussière,
et donc, peu à peu, le sol.
L’idée séduit moins que les traces aériennes,
mais elle a une vraisemblance épaisse et angoissante
J’aime bien cette idée… Je reviendrai !
Je lirai TOUT !
Grand merci!
A bientôt
Un rêve est passé dans ta tête : quelle bonne idée, on dirait un tableau à peindre ou déja peint. Bon dimanche à toi.
La trajectoire du rêve! voilà une piste à suivre…
@ Jean-Paul Galibert : "Trajectoires du rêve", ce fut le titre d’une expo sur le surréalisme aux Halles (sur feue la terrasse Lautréamont), en 2003 ou 2004.
Avez-vous remarqué
comme tous ces commentaires
sont divergences résonances
trajectoires?
Voilà qui met en mots la vision du temps et de l’histoire que je possède mais ne pouvais exprimer.
Petite suggestion film à ce propos : Donnie Darko. Il traite de ce sujet, d’une façon un peu ésotérique certes, mais aussi poussée vers la réflexion sur les conséquences de nos actions et donc le dessin de nos trajectoires respectives.
Grand merci, et aussi pour le film: je vais tenter de voir ça.
très beau texte. Merci.
Oui, c’est un phénomène intéressant, philosophiquement bien sûr, mais aussi plastiquement : avec la collecte des bases de données et leur traduction graphique (rendues possibles par les NTIC, le GPS, les RFID, etc.), de nouvelles cartes de trajectoires, de nouvelles traces dans l’espace peuvent être visualisées, cristallisées. On peut en voir une application, parmi beaucoup d’autres si l’on cherche un peu, ici par exemple : http://owni.fr/2011/06/25/new-york-en-courant/
je pense à ces peintures aborigènes; ces traces de rêves…
"traces de rêve": superbe formule! est-ce eux qui parlent ainsi, ou un commentaire sur eux? Auriez-vous des références sur ce point, ou plutôt ces lignes?
vous pouvez voir Barbara Glowczewsky sur ce point , elle émet une corrélation entre la"pensée" aborigène et la pensée en réseau de notre époque (les rêveurs du désert etc. ou d’autre lectures , passionant mais plus complexe que ça.
j’aime bien le début de votre texte là où la trace se grave dans le flux … des étincelles ?
oui la trajectoire c(‘est pus que la trace qui n’est que le résidu , non ? alors qu’une pensée de la trajectoire est résolument moderne , je crois (reste à savoir en quoi ) mais rejoint peut être la notion d’identité en rhizome de Glissant et bien sur Deleuze et Gattari ; la relation et le facteur temps apparait important , je dis des bêtises ?
La trajectoire qui essaime, c’est ce que j’ai essayé de penser avec la notion d’algue
le temps est un sabre, si tu ne le brises pas, il te brisera ! proverbe..
Un peu violent pour moi… Ne pourrait-on se contenter de le prendre? Prendre son temps, ce n’est déjà pas si mal…
la trajectoire qui essaime : beau !
Oui, c’est alors une algue