Toute assistance intelligente instaure une dépendance fatale. Ella Balaert, dans sa nouvelle « la vie sans souci de Sir Thomson » montre comment une assistance parfaite, complète, serait une dépossession totale. Une aliénation. Car l’assistance totale s’empare grain à grain de la vie pour la remplacer par un spectacle. Quitte à choquer le philosophe, Ella Balaert propose de nommer « ataraxie » cet état ultime de l’assisté devenu le simple assistant de sa propre vie.
Sir Thomson est l’homme pressé qui embauche Jérôme pour lui faire des comptes rendus concernant l’actualité: " A présent, Sir Thomson est un homme heureux. Il ne dit rien, il ne fait rien. (…) Jérôme lui raconte la vie. Celle des grands et des petits, celle qui fut, celle qui pourrait être, celle qu’on voit dans les livres et celle qui passe dans la rue, la vie des autres et la sienne, sa propre vie, son histoire, son nom, Sir Thomson. Il lui raconte les couleurs, les odeurs, les musiques; il lui raconte le temps, les gestes qu’il accomplit, les mouvements de son corps et ceux de son âme. Il lui parle des mots et des choses; de la vie et de la mort."
Dans le programme des soliloques de Jérôme, on reconnaît une diversité des sujets qui n’est pas sans rappeler la profusion des sites Internet, tous si prévenants, tous si assistants. Tout se passe comme si Sir Thomson s’était abonné d’un coup à l’ensemble des informations livrées par tous les sites. Celui qui les recevrait toutes serait-il l’homme du monde le mieux informé, ou l’homme le plus dépossédé, de tout monde quel qu’il soit?
« Entretien de l’intelligence le matin grâce au résumé des actualités. Entretien des savoirs grâce à l’organisation de matinées thématiques. Tout ce qu’il faut savoir sur tout. Les différents cépages et les types de vins. L’argus des voitures de collection. Les meubles Empire. De A jusqu’à Z, le lexique du sous-vêtement féminin, les mille et une photos les plus insoutenables des camps nazis, le carnet d’adresses des fournisseurs du Président de la République. Toute l’histoire des hommes passée au tamis, leurs plus cruelles douleurs illustrées. (…). Telle est la délicatesse de Jérôme qu’il épargne à Sir Thomson la fatigue de parler, prévoyant ses paroles, alimentant, tout seul, les conversations, comme un héron nourrit l’estomac délicat de ses enfants en recrachant dans leur gorge ce qu’il a préalablement chassé, mâché, avalé et déjà digéré. Sir Thomson se montre ravi de cette entente: jamais il ne proteste et, mâchoires affaissées, corps abandonné au fauteuil comme lové au fond d’un nid, jamais il ne quitte cet air de félicité que jalousent ses amis.» « Ils écoutent et ils envient en silence Sir Thomson, petit enfant candide, d’avoir enfin atteint l’ataraxie."
Pour lire en ligne la nouvelle d’Ella Balaert, cliquer ici
(première publication dans: Ella Balaert, Sir Thomson, Chardon bleu éditions, 1997.p.80 sq.)







Ici, on a le choix pour les sujets de bac… Un blog que Luc Fderry pourrait consulter utilement !
Vous croyez?
A suivre…
et le bonheur aussi de cet homme ultra branché sur tous ses portables lui apportant tout lui expliquant tout le reliant à tout …
matin ordinaire dans le RER
tous ces gens côté à côte ne se parlant pas
s’excusant de se toucher
et tapant frénétiquement sur des touches
…
Merci de tes passages en P’OASIS ((-:
Mais est-ce là du bonheur?
Et, à partir de là le bonheur, est-il dans un savoir, ou dans un croire?
Dans mon vocabulaire, le bonheur est-il réel ou mondain?
Merci de cette réponse,
qui me permet de mieux mesurer à quel point
le tout de la connexion est un rien
sinon moins: peut-être un néant
A bientôt
Merci de votre passage et de l’appréciation. Pour ce compte-rendu que vous faites, cela me fait penser à ce que j’ai compris de Paul Ricoeur : le récit est le lieu d’une distance avec soi-même qui permet de redémarrer la vie… Peut-être Sir Thomson aura-t-il perdu cela en ne racontant pas lui-même… l’acte de la parole est ‘constructif’ de la personne, sans doute…
@+
l humain a une soif intense que Lui seul peut étancher car l’aspect matériel est un moyen et non une fin en soi ..
Qui nommez-vous Lui?
Jean le bonheur est un sentiment intérieur et morale….. Cela se matérialise par le calme de l’esprit, la sérénité et la réjouissance du cœur…sourire