Nous parlons de métaphysique pour désigner ce qui provoque en nous le sentiment du rien : il y a des lieux métaphysiques, des instants, des expériences métaphysiques. Fumer une cigarette, parfois. Se relever la nuit. Tenter d’imaginer concrètement comment on meurt de faim. Regarder le flot des voitures depuis un pont d’autoroute. Suivre une ambulance. S’ennuyer. Revenir sur un lieu d’enfance. Regarder les autres sans les écouter, ou couper le son de la télévision. Entrer dans une salle d’accouchement, ou dans un bloc opératoire. Regarder la mer en face, ou le ciel étoilé. Sortir d’un cinéma. Manger après une longue marche. Prendre un objet au hasard et le scruter dans ses moindres détails. Aller au travail très tôt, alors que tant d’autres dorment encore.
(Extraits de : Jean-Paul Galibert, Invitations philosophiques à la pensée du rien, Léo Scheer, 2004).
Nos tas d’ailes gi-clées m’effroie, sans haine ni T, cette métaphysique là m’aimeuh.
Traduction : Nostalgie m’effroie. Cette métaphysique là m’émeut. ("sans haine ni T" justifie l’absence de "nt" à la fin de "m’effroie", puisque qu’il n’est pas conjugué avec "nos tas d’ailes giflées" mais "nostalgie". Vous aurez compris, je pense, le néologisme "m’effroie"… Cordialement