Pourquoi poser une telle question est à ce point y répondre? D’où vient-elle cette si funeste évidence de la négative? Du constat désolant mais indispensable que nous n’existons pas, si vivant que nous soyons par ailleurs. Car vivre, ou naître, n’a jamais suffit pour se sentir exister. Il faut pour exister quelque chose de plus, qui est de l’ordre du sens que l’on donne, ou de l’autorisation que les autres peuvent ou non nous accorder. Le coup de force cartésien, j’existe toutes les fois que je le veux, puisqu’il suffit que je le dise, me dispense de l’accord des autres, mais non de mon propre effort, en sorte que l’existence n’a rien de naturel, et que la vie ne suffit pas à l’existence. Il aurait d’ailleurs suffit de prendre l’exemple de la salade, qui est tellement vivante, et si fraiche qu’elle ignore manifestement tous les problèmes de l’existence.
Cela nous ramène au problème de la conscience. La salade a t-elle conscience d’être une salade ? Dans notre système de pensée et de connaissances : non. Car la conscience suppose une activité corticale, en tout cas neuronale. La salade vit mais ne se sent pas vivre. A moins qu’il existe – oui, qu’il existe – un système de pensée propre aux végétaux, dont nous ignorons… l’existence. Il est possible qu’en ce moment-même, une laitue se demande si le maraîcher qui va la ramasser a le sentiment de son existence. Ça, on ne le saura probablement jamais.
Je crois que la salade n’aurait pas l’air aussi heureuse si elle avait conscience des problèmes de l’existence…